lundi 3 août 2015

Panique à bord, la Chine se débarrasse de ses bons du Trésor US !
(et ses réserves de change fondent « comme au neige au soleil »)


Si les médias français sont comme à leur habitude préoccupés par la météo des plages et les kilomètres de bouchons sur les autoroutes françaises, les journalistes de Zerohedge (ZH) ont choisi de nous interpeller ce 22 juillet sur ce qui se passe en Chine.

En juin dernier, la banque centrale de Chine (« People Bank Of China » ou POBC) a publié son compte de réserves de change (devises dont principalement des US dollars mais aussi et dans une moindre mesure des Euros et des Livres Sterling) indiquant un solde de 3694 Mds USD autrement dit une baisse mensuelle de 0,46% ou 17,3 Mds USD.

Ce pourcentage, me diriez-vous, ne vous semble pas extraordinaire excepté que… de janvier à avril de cette année le courtier de la PBOC en Europe, la « Belgium Treasury Holding » en accord avec Euroclear (https://fr.wikipedia.org/wiki/Euroclear) avait déjà vendu approx.163 Mds USD de bons du Trésor US (« US Treasuries »), le stock de la PBOC passant en cinq mois de 1590 Mds USD à 1427 Mds USD. Les médias avaient pourtant annoncé une augmentation de ces mêmes bons de 3,28% passant de 1230 Mds début mars à 1270,3 Mds USD en avril tout en se gardant bien de nous révéler la vente de tels titres par la filiale européenne de la POBC !

Le rapport avec les réserves de change, pourriez-vous me demander ? Un point à savoir: l’excédent commercial chinois est en principe réglé en dollar US, ces mêmes dollars sont ensuite réinvestis dans les T-Bonds US. L’excédent doit en principe accroître la quantité d’USD détenus par la PBOC, d’autant plus si elle revend des bons à une maturité et montant donnés contre d’autres bons, cette quantité ne peut que s’accroître.

En clair et jusqu’à présent, la Chine n’utilise sa monnaie nationale que pour son marché intérieur; l’international, importations ou exportations sont une source de devises et plus précisément de dollars. Partant de ce constat, que se passe-t-il réellement quand les devises et les avoirs libellés en USD baissent ? 
    
Revenons à nos bons du Trésor : 142,5 Mds USD ont été vendus en trois mois entre Mars et Mai, quantité à première vue inhabituelle et en contradiction avec ce qui a été annoncé officiellement.

Selon l’analyste de JPMorgan (JPM), Nikoleos Panigirtzoglou, auteur du livre « Flows & Liquidity dont le commentaire est repris par Zerohedge, les réserves de change ont baissé de 50 Mds USD au deuxième trimestre soit une baisse totale de 160 Mds de devises entre le troisième trimestre 2014 et le deuxième trimestre 2015.

Il s’agit bien selon lui d’une fuite de capitaux hors de Chine pour le 5ème trimestre d’affilé et rappelle que ces 142 Mds USD du deuxième trimestre sont à peu près équivalent à ce qui est sorti au premier trimestre soit une fuite de……. 520 Mds USD sur les cinq derniers trimestres (en englobant cependant dans ce chiffre les bons US et tout ce qui y est affilié et libellé en USD) ce qui permet à Tyler Durden de Zerohedge de conclure que la baisse des actions sur les places chinoises est un leurre. On peut cependant en tirer la conclusion provisoire que la Chine se fait désormais payer en renminbi et qu’elle vend d’autres avoirs libellés en USD que des « Treasuries » US. 

Cité par ZH, Goldman Sachs (GS) nous rappelle que l’excédent commercial chinois était de 260Mds USD au premier semestre 2015, nouveau record si on le compare au 100 Mds USD du premier semestre 2014 et au 75Mds de la même période sur les sept dernières années.

Une fois encore, on peut en déduire le trait suivant: si les marchandises chinoises sont payées en dollars, les réserves de change ne peuvent qu’augmenter sauf si elles sont converties en renminbi ou mieux, si ces produits sont payés en renminbi. Fort de cette dernière hypothèse, plus le renminbi s’appréciera et sera utilisée dans les transactions internationales, moins il sera nécessaire d’avoir de grosse quantité de devises par la banque centrale.

Autre constat: il est vrai que les importations ont augmenté accroissant la réserve de change mais au vu de la faible amplitude de ces achats de produits étrangers,  la magnitude de cette fuite de capitaux ne peut s’expliquer sous cet angle.

GS nous rappelle que de la fin mars à la fin juin 2015, les réserves ont diminuées de 37Mds USD.

De janvier à fin mars, celles-ci ont diminué de 83Mds principalement dû à la baisse de l’Euro dans les comptes de la PBOC. A l’inverse, la diminution de 37 Mds USD d’avril à fin juin conjuguée à la remontée de la monnaie européenne a entrainé une perte de change de 48Mds USD ce qui nous donne une fuite totale de 85 Mds USD.

L’excédent commercial étant de 140 Mds USD convertis en renminbi, GS les ajoute aux 85 Mds donnant une somme finale de -225 Mds USD que l’on peut arrondir à 200 Mds USD si l’on inclut le déficit des services.

200 Mds USD au second trimestre contre 83 Mds au premier trimestre, il s’agit une fois de plus d’une baisse inédite.

Multiplions par quatre ces 200-225 Mds, et nous obtenons 1000 Mds de pertes annuelles, d’où l’interrogation légitime de ZH sur la santé réelle de l’économie chinoise, son marché actions et le contrôle des capitaux qui reste en principe subordonné à une réglementation stricte.

Selon GS, le marché actions doit s’ajuster mais le point de renversement n’est cependant pas encore arrivé. Tyler Durden souligne d’ailleurs que les réserves en Chine ont toujours été excédentaires: un changement de cet état de fait serait-il la source de la baisse des places chinoises?

De même pertes de devises et ventes de « US treasuries » en un semestre ne doivent pas masquer le fait que Beijing possède quelques 1300 Mds USD d’US bonds mais une double interrogation se pose in fine:

- Qu’arrivera-t-il à ces bons si à maturité il n’y a plus d’acheteurs?

- Combien de bons la Chine peut encore vendre avant que le monde entier s’en aperçoive en dehors bien sûr de JPM, GS et ZH ?

Si la vente des bons ne fait que commencer, quelle sera la stratégie de la FED se demande Tyler Durden? Il sera évidemment inutile d’augmenter les taux de la FED si le marché reçoit des centaines de milliards de bons dans un marché financier sous perfusion de liquidités ! Se dirige-t-on vers un QE4 ??

Courant 2014, faut-il le rappeler, la Chine avait annoncé qu’elle allait cesser d’augmenter ses réserves d’or et de dollars US signifiant pour Dmitry Kalinichenko sur le Cercle des Volontaires qu’au regard du déficit américain en provenance de Chine (-324 Mds USD en 2014 pour le commerce de marchandises), la Chine arrêterait de payer en USD ne provoquant par ailleurs aucune réaction des médias à l’époque. Comme je l’ai évoqué au début de l’article, les dollars US continueront d’être acceptés mais seront immédiatement convertis en renminbi, en or ou autres devises.

L’impact premier de ne plus acheter de bons du Trésor US avec des dollars est de facto de réduire la capacité de financement du Trésor US. Le changement de stratégie (voir plus haut) de se faire payer en renminbi contribuera à assécher la souscription de bons. Il est aussi fort possible que Beijing se fasse payer également en or physique comme le fait déjà la Russie ce qui repose le problème d’un marché de l’or physique aux dimensions microscopiques (280 Millions d’or livrés par mois) au regard de l’ampleur des échanges mondiaux. Un tarissement du financement du Trésor et du déficit commercial des USA par la montée en puissance du renminbi, de l’or physique et de l’alliance Russie-Chine sous couvert de BRICS correspond à un changement de paradigme.

Depuis 2011, la Chine est vendeuse nette de bons avec 45 Mds USD et 89 Mds USD en août et décembre 2011, période à laquelle correspondait le relèvement du plafond de la dette US. Depuis cette date, la Chine n’achète plus de bons par le recyclage de ses USD provenant de son excédent commercial. Ses détentions d’or physique se sont par contre accrues de 600mt tel qu’il a été annoncé courant juillet 2015 soit au total 3510 mt d’or selon Bloomberg !

Est-ce que la Chine redoute une augmentation du déficit US et donc un relèvement des taux ce qui ferait baissait la valeur des obligations qu’elle détient et l’obligerait à les convertir d’abord en USD, puis en renminbi ? Ni GS ni JPM ne peuvent répondre à cette simple question.

On peut spéculer sur d’autres indices comme la chute du DAX à Francfort de près de 6% en une semaine. Serait-ce un signal de l’économie allemande consciente de ce qui se passe en Chine, de ce retournement de tendances de l’économie mondiale ?

Joseph Farrell sur son blog soumet une hypothèse des plus intéressantes. Et si la FED était en train d’acheter les bons vendus par la Chine via ses QEs? Il nous rappelle que le gouvernement Tanaka (premier ministre du Japon du 7 juin 1972 au 9 décembre 1974), devant l’arrivée à maturité des bons du Trésor et comprenant que les finances publiques n’étaient pas en mesure de rembourser ses créanciers décida d’émettre de nouveaux bons. Ces derniers devaient remplacer ceux existants mais comportaient de tels vices de forme que les autorités finiraient par les déclarer nuls. En réalité les détenteurs de ces nouveaux titres purent se les faire rembourser mais contre un discount si important qu’ils en devenaient une aubaine pour le gouvernement et… une méga-escroquerie pour les détenteurs… S’agit-il du même cas de figure? Les bons US détenus par la Chine comportent-ils de tels vices que celle-ci chercherait à s’en débarrasser en acceptant un rabais sur le prix de rachat ?

Il reste qu’une telle hypothèse porterait atteinte à la crédibilité des USA et que cette crédibilité est un élément essentiel de l’opération de séduction de la POBC par les diplomates américains pour le financement du Trésor. L’hypothèse d’un désengagement progressif de la Chine d’une économie mondiale dominée par les USA n’est pas à exclure: la volonté de se recentrer sur sa propre monnaie, elle-même assise sur des excédents commerciaux importants, sur l’or physique et sur des rapports commerciaux redéfinis autour de la fourniture de matières premières essentielles avec la Russie mais aussi avec l’Afrique et le reste des BRICS (voir les articles précédents sur «the Great Silk Road »).

Cette perspective doit toutefois être tempérée: l’excédent commercial reste essentiellement financé par les américains et les européens et il serait hasardeux d’envisager une rupture brutale de la Chine avec le système US.

La montée en puissance du renminbi devrait, quoiqu’il en soit, permettre à la Chine d’avoir une position décisionnaire dans le commerce mondial et de moins dépendre des dollars US. Pour preuve l’émission d’obligations souveraines et privées en renminbi au Royaume Uni, en Allemagne, Hong Kong et Singapour signifie aussi que les bons US seront très probablement libellés en renminbi.

D’où l’ultime question posée par ZH: que se passera-t-il quand les acheteurs de T-Bonds arrêteront leurs souscriptions devant ce déferlement de titres vendus par la Chine?

Sources:


   

  



mardi 28 juillet 2015

Baisse de l’Euro: explication en trois points


L’évolution de l’Euro depuis 2011 tend à prendre une forme en W, un W qui serait amputé pour le moins de sa dernière branche.

Du 29 avril 2011 au 20 juillet 2012 le cours Euro/Dollar passe de 1,48 USD à 1,21 USD avant de remonter autour de 1,37 USD le 21/03/2014 et fléchir vers un seuil de 1,04USD le 13/03/2015. Il s’y maintient depuis autour de 1,09USD (24/07).

Cette baisse peut se décomposer en deux temps: une phase lente entre avril et août 2014 avec un cours restant au-delà des 1,34USD et une phase abrupte de la mi-2014 jusqu’au mois de mars 2015.

Comment dès lors expliquer le paradoxe suivant: les exportations de la zone euro sont en pleine croissance et dans le même temps la monnaie européenne ne se valorise pas. Plus précisément comment se fait-il que l’Allemagne ait enregistré un excédent commercial entre 2013 et 2014 de +11,4% induisant celui de l’Euro-zone de +17,45% alors que l’euro s’est déprécié pendant 9 mois continus en 2014 ? 


I- La remontée du dollar dans son attaque sur le rouble


Il y a d’abord une baisse technique à l’euro: entre la mi-2014 et ce début d’année sur fond de crise géopolitique USA-OTAN/Donbass-Russie les fonds d’investissement ont revendu de forte quantité de roubles contre des dollars, renchérissant celui-ci sur les places financières. De 34,89 roubles au 30 mai 2014 à 69,4 roubles au 30 janvier 2015, la hausse a été continue avant de fléchir début février pour toucher les 50 roubles au 22 mai. Le dollar a depuis repris de la vigueur pour atteindre les 58,59 roubles au 24 juillet.

Pendant tout le premier semestre 2014 le dollar s’apprécia contre le rouble et par extension contre l’Euro. La monnaie américaine fit l’objet d’achats massifs valorisant son cours contre des monnaies fortes comme l’Euro (celui-ci  passa de 1,37 à 1,24 USD soit - 9,5%) ou le Franc Suisse (0,78 francs au 14 mars 2014 à 1,01 francs au 9 janvier 2015 soit une baisse de 16%!).  


II- La politique monétaire de la BCE


En annonçant un programme de prêts de 1000 Mds€ d’ici septembre 2016 à raison de 60 Mds€/mois, la BCE lance une vaste opération de refinancement des banques privées avec des termes pouvant allant jusqu’à 2018.

Targeted Long Term Refinancing Operations (T-LTRO) est la désignation officielle d’un emprunt des banques à la BCE à un taux abaissé en mars 2015 à 0,05% contre garanties (« collateral ») privées. De même, la BCE s’engage à poursuivre des prêts à très courte échéance dit MRO (Main Refinancing Operations).

Le  24 septembre 2014, la BCE a lancé sept opérations T-LTRO d’une valeur totale s’élevant à 463 Mds€ (plus un prêt MRO à 7 jours de 75 Mds€) ce qui correspond à la baisse de l’Euro début septembre 2014. Pour mémoire, on était à 1,35 USD au 8 août 2014, on passe à 1,25USD au 3 octobre soit une baisse de -7,41% !

La crise grecque aidant, la BCE a racheté aux banques 504 Millions€ de dettes publiques sur le marché secondaire à travers ce qu’elle appelle des Opérations Monétaires sur Titres (ou Outright Monetary Transactions).

Au total, des 211 Mds€ du dernier trimestre 2014, nous sommes passés à partir de mars 2015 à plus de 327 Mds€ en incluant MRO et OMT ce qui fit chuter l’Euro à une quasi-parité avec le dollar.


III Mesures « austéritaires » et limites


Ce programme de QE à l’européenne répond avant tout à un besoin systémique de financement des banques. Elles sont obligées, dans une optique de court-terme et de marges commerciales décuplées, de spéculer sur des dérivés dont les sous-jacents ne peuvent être que des éléments d’un patrimoine quant à lui bien réel.

Actions et obligations correspondent à des entreprises dont les performances prennent en compte non pas des perspectives de places financières mais l’évolution d’une demande donnée pour un produit en particulier.

Les garanties à toutes ces transactions ne peuvent être que des avoirs dont la valeur ne se déprécie que faiblement dans le temps, dont la volatilité reste faible ce qui est le cas de l’immobilier, de l’or et des bons du Trésor. Il est ainsi crucial pour le Système de ne pas spéculer sur tout, que l’immobilier et l’or ne deviennent pas des « commodities » à l’instar des actions ou des obligations et de garder une partie de ce tout comme contrepartie ultime à la survalorisation des actifs.

La BCE, telle une FED aux petits pieds se doit d’injecter de la liquidité à des taux quasi-nuls à la seule condition de récupérer dans son actif des avoirs de qualité: immobilier, métaux précieux et bons du Trésor.

Je ne m’attarderai pas sur l’or sauf à dire que les Etats membres et la BCE cherchent à récupérer ce qu’ils peuvent et se félicitent de la baisse artificielle des cours organisée par la FED, l’or redevenant une valeur de référence et non plus un objectif de spéculation. (cf http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/07/placementor-fuir-sinous-observons.html?spref=tw)

L’immobilier reste spéculatif principalement sur le commercial, les faibles taux ayant découragé les banques de prêter aux ménages ce qui était un effet connexe recherché. La lutte contre ces bulles consiste à redonner une valeur réelle aux avoirs afin que ceux-ci servent de collatéraux aux transactions financières.

Enfin, les bons du Trésor induisent des Etats aux finances publiques saines et on ne peut comprendre l’austérité que dans cette perspective.

En réduisant les dépenses publiques, en faisant passer ce qui était l’apanage du secteur public au secteur privé, les Etats réalisent un double profit:

-       Celui, d’une part, de réduire la dépense (dont les intérêts de la dette sont une partie importante) et

-       d’encaisser, d’autre part, le prix de vente de biens et d’établissements publics. Il va sans dire que l’objectif est de poursuivre le relèvement des recettes fiscales pour là encore répondre aux objectifs de déficits imposés par le Traité de Lisbonne.

L’hypothèse d’un Euro sous la barre des 1 USD reste faible sauf à pénaliser les balances commerciales de la Zone, Allemagne en tête. Une alternative dans cette perspective serait une plus grande production et intégration économique: la réduction des coûts de la main d’œuvre serait poursuivie par la mise en place d’une sous-traitance plus avancée dans ce qui constituerait une confusion à peine dissimulée entre un Etat membre et une organisation supranationale. Pour le dire autrement, plus l’Euro baissera, plus l’intégration de l’UE sous emprise allemande sera forte.

Cette hypothèse est aussi combattue par l’argument d’un dollar non surévalué. Tant pour leurs importations que pour la santé de leurs exportations, les Etats-Unis ont intérêt à un Euro au-delà des 1USD ou alors ils devront s’atteler à réduire les obstacles douaniers à la commercialisation de leurs produits….. ceci est exactement l’objet du traité transatlantique en cours de négociation…

     

vendredi 24 juillet 2015

Point de situation économique sur ce premier semestre et perspectives à six mois


I- PER


L’analyse de ces six derniers mois peut prendre appui sur le ratio PER (Price Earning Ratio). Le PER, rappelons-le, mesure la valeur de l’action sur la valeur de l’entreprise dont elle est une part du capital. Il donne la valeur de l’entreprise en bourse au regard de performances attendues et la rapporte à sa valeur réelle à savoir le bénéfice réalisé et déclaré l’année précédente.

Robert Shiller, professeur à Yale a pris en compte la moyenne du résultat de la société concernée des dix années précédentes dégrevée du taux d’inflation. Cette approche donne à mon avis (cf mon précédent article http://visionsetperspectives2020.blogspot.fr/2015/02/levoile-se-leve.html?spref=tw) une mesure plus juste de la valeur réelle de l’entreprise sur un temps long et modère ainsi sa valeur boursière du moment:

plus le ratio est faible, plus la valeur de l‘entreprise correspond à la valeur de  l’action, a contrario plus le ratio est important et plus la distorsion entre la valeur de l’action et le bénéfice est grande.

En février 2015, le PER était de 26,77 sur l’index S&P 500, il est de 27,32 en juillet 2015 contre 15,17 en janvier 2009. Hormis le fort décalage avec la méthode classique de calcul en n-1 (PER d’approx.19 pour le S&P et 17 pour le CAC 40), il est surtout révélateur d’une spéculation « in progress » sur les actions, spéculation basée sur des performances anticipées à la hausse.

Comme nous l’avions démontré, cette spéculation repose d’une part sur l’atrophie du marché obligataire offrant des taux proches du nul et d’autre part sur les refinancements « facilités » de la FED, le tout dans une perspective de court-terme des agents financiers (cf  http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/05/lhubrisdu-monde-occidental-lesmarches.html?spref=tw). A cette hauteur de PER, nous sommes dans une phase de bulle. Pour rappel, nous étions à 27,21 en janvier 2007, 24,08 en janvier 2008 et 27,06 en…janvier 1929.     

La survalorisation repose sur une liquidité accrue du système bancaire, liquidité elle-même entretenue par l’architecture de marchés organisés autour de dérivés. Nous n’échangeons plus de l’or, du blé ou du cuivre mais des certificats, des contrats « futurs » ou des « assurances » définis par ces produits sans que ceux-ci ne soient livrés, déposés ou détenus…


II- BDI et autres indices


Le Baltic Dry Index (BDI) mesure le trafic en vrac de matières sèches.  Après avoir atteint un plancher autour des 550 points en début d’année,  l’indice a  repris des couleurs en atteignant les 1009 points en juillet 2015 (trafic long Capesize et Panamax - navires entre 60.000 et 80.000mt- le fret entre 15.000 et 35.000mt étant atone).

Pour mémoire le BDI était à 4.600 points en 2010 et à 11.000 points en 2008. Si nous rapportons son évolution à celle des prix des matières premières via l’indice CRB Reuters-Jefferies (19 cotations sur les NYMEX, LME et CME), nous constatons que les prix ont baissé sur la deuxième moitié de l’année 2014 et stimulé le BDI au-delà des 1.400 points. La baisse du CRB s’est cependant poursuivie en 2015 freinant le BDI en l’amenant vers son plancher de février.

Si le CRB baisse sans entraîner de hausse du BDI, cela veut dire une seule chose: baisse de l’activité mondiale… mais revenons-en à nos courbes. Le BDI à la mi-2011 est à plus de 2275 points pour des prix à 525 points mais, à l’instar de la mi-2010, les courbes BDI et CRB se confondent de la fin 2014 au premier trimestre 2015.

Une baisse du CRB signifie une baisse de la demande et un état de surproduction ne fait qu’amplifier cette baisse. Si le fret repart à la hausse, il faut que cette hausse soit suffisamment forte et durable pour que le CRB reparte lui-aussi à la hausse. Or ce n’est pas le cas.

Tant que les producteurs ne verront pas de demande forte, ils n’augmenteront pas leurs prix et les taux de fret des USA vers la Chine sont des révélateurs: ils étaient de 55 USD/métrique tonne en avril 2009, ils sont à 30 USD en mars 2015. De même le fret conteneurs, à travers l’indice Harpex, a certes repris de la vigueur en passant de 435 points en janvier 2015 à 620 points en juillet mais son niveau reste inférieur à 2014 notamment en route longue (Asie-Amérique du Sud).


III- Pétrole


Le cours du Brent était de 57,37 USD en février 2015, il est de 56,67 USD en juillet de cette même année. Le cours du WTI reste également stable à 50,93USD en février et 50,39 USD en juillet.

Pour rappel, le brut en partant de son plafond des 100USD a commencé à baisser à la mi 2014, le BDI ayant initié sa baisse six mois plutôt. Le BDI va par la suite rebondir à plusieurs reprises par l’effet d’aubaine sur les carburants mais la synchronie des deux courbes se met en place à la fin janvier 2015 jusqu’au plancher de  48,60USD pour rebondir et se scinder. Ce rebond marquerait-il une relance de l’activité mondiale?: une hausse du cours du brut,  révélateur d’une hausse de la demande et du fret ?

Sans se contredire avec la stagnation du CRB (voir plus-haut), il est possible que la baisse du dollar, la hausse du rouble (64,85 roubles pour un dollar début 2015, 57,03 roubles en juillet 2015) et la baisse de l’Euro ont redonné un peu de vigueur aux agents mais l’influence des devises ne peut être que conjoncturelle et ne reflète jamais un temps long.


IV- Balances des échanges et PIB


La zone Euro est en croissance de près de 17,5% de sa balance des échanges de biens et services entre 2013 et 2014 malgré une baisse de 35,71% entre le dernier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015. Cette balance est évidemment soutenue par l’Allemagne : la hausse entre 2013 et 2014 est de 11,4% avec le même recul de 15% entre le dernier trimestre 2014 et le début 2015.

Les USA restent quant à eux de gros importateurs tirant tant les balances de l’UE que de l’Asie du Sud-Est, leur déficit ayant même augmenté en 2014 de 2,50%. La chine garde sa position d’exportatrice nette avec une progression de près de 15% entre 2013 et 2014. Ces balances correspondent à des PIBs en hausse (américains et chinois) dont même la zone euro enregistre un +0,79% entre le dernier trimestre 2014 et le premier trimestre 2015.

Après un tel constat, une seule question nous interpelle: Comment concilier l’ampleur de telles balances commerciales et des PIBs en croissance continue avec une baisse des indicateurs d’activités maritimes et de prix des produits de base?

Une augmentation des PIBs et des balances entraine un accroissement des échanges et inversement si le volume des échanges croît, les PIBs et balances se développent d’autant. Même un pays en déficit massif comme les USA contribue par ses importations à tirer plusieurs zones, les importations étant aussi un facteur de vitalité pour le pays concerné, sa capacité de paiement n’étant pas le moindre. 

Si nous resserrons l’analyse sur les échanges de biens, l’Allemagne est en excédent de 11,05% pour une zone Euro en hausse de 11,76% confirmant bien le rôle de leader de l’Allemagne dans l’espace Euro. Les importations US de biens enregistrent de même une croissance de près de 5% entre 2013 et 2014 dont un déficit accru avec la Chine de 6% entre 2014 et 2015 (prévision).


V- Paradoxe et dépassement


Le CPB ou Netherlands Bureau for Economic Policy Analysis mesure l’activité mondiale et fait autorité en la matière. Agence gouvernementale indépendante des institutions internationales (FMI, OCDE, OMC, Banque Mondiale, Commission Européenne), elle synthétise les données en volume et en valeur collectées à partir de multiples sources (dont des sociétés commerciales et des agences privées et publiques) pour nous donner une image des plus fiables dépassant par son étendue ce que peuvent nous indiquer à eux-seuls les indices.

Le volume du commerce mondial de marchandises (pourcentage de croissance sur une base 100) a connu son plancher en 2009 à -12,6% (cf sub-primes) pour rebondir à + 15,1% en 2010 et se tasser après 2011. La croissance passe de +5,8% à 2,1% marquant un décrochement.de -63,79%.

Ce décrochement donne une forme en v dont la partie droite s’effile pour finalement s’aplanir autour d’un taux négatif de -1,3% au premier trimestre 2015. Nous retrouvons cette forme dans les exportations de biens. Ce point de rupture de 2012 correspond à la baisse du BDI vers son plancher qui était de 715 en février 2012.

Si nous prenons en valeur ce même commerce (en % sur une évolution des prix en USD), nous sommes dans une phase négative.  Après la chute de 2009 de -11,6%, le rebond de 5,8%  en 2010 et l’accélération de 13,1% courant 2011, le décrochement réapparaît en 2012 à -1,9%.

Un premier constat s’impose ici: alors que le volume croît, le chiffre d’affaires baisse non seulement en 2012 mais aussi en 2013 et 2014 avec respectivement -0,9% et -2,1%. Le premier trimestre 2015 accentue cette tendance avec -7,1%.

Ce schéma réapparait dans les exportations en valeur et dans la production mondiale industrielle: -6,6% en 2009, 10% en 2010, 5,4% en 2011 puis 2,8% en 2012, 2,4% en 2013, 3,4% en 2014 et un début d’année 2015 avec +0,3% ; ceci nous interpelle sur deux points:

Premièrement, le BDI se révèle être un indicateur fiable qui anticipe une évolution et doit être observé avec attention. Il annonce une baisse d’activité soit synchrone avec les chiffres du commerce mondial (cf 2012) soit en amont dans un décalage apparent.

Deuxièmement, les valeurs des balances commerciales et PIBs sont insuffisantes pour nous aider à comprendre un système fondamentalement basé sur une activité industrielle. Il est en effet envisageable de concevoir un PIB en croissance avec une activité déclinante: cela veut dire que les recettes et bénéfices se démultiplient, les marges sur un produit s’élargissent sans que la production vendue ne participe de cet élan. A une économie de masse se substitue une économie de marges dans laquelle une classe d’acheteurs « premium » sera plus encline à acquérir des produits plus chers et à délaisser ce qui correspondait au niveau de vie de la classe dite moyenne, moteur essentiel jusqu’alors des économies développées.

Le commerce mondial peut-il se passer de « middle class » puissantes et reposer uniquement sur des « upper class », elles-mêmes enfants de la financiarisation de l’économie et du complexe militaro-industriel?

La réponse est dans la question et souligne cette désindustrialisation rampante du monde, une industrie qui va se réduire à trois zones - les USA, la Chine et l’Allemagne (et ses sous-traitants sud et est-européens)- pour une production à haute valeur ajoutée (la Chine incluse).

Que dire en conclusion des chiffres négatifs du CPB en valeur ou en volume pour ce début d’année alors que le BDI remonte?

Quand la crise des sub-primes a éclaté, le BDI s’est effondré avant de reprendre vigueur jusqu’en 2010. Les courbes S&P et BDI sur ces périodes se suivent avant de diverger à la fin 2010. Les Quantitative Easings produisent alors leurs effets et le S&P perd de sa pertinence, les actions ne correspondant plus à la marche de l’économie.

Une première baisse de l’activité entre fin 2010 et fin 2012 se reflète dans les chiffres du CPB dont les décrochements de 2011 en volume (de +15,1% à +5,8%) et de 2012 en valeur (de 12,8% à -2,3%). Après le rebond du BDI début 2014, la baisse quoique discontinue se poursuit.


L’activité mondiale est bien en panne et le risque d’éclatement des bulles actions et obligations sur les 6 prochaines mois est tangible. Dans une perspective d’investisseurs, mes recommandations iront vers les entreprises non-cotées dans les niches du luxe (BtoC; immobilier), dans le « low-cost » et le high-tech GRIN (voir article http://visionsetperspectives2020.blogspot.com/2015/05/lhubrisdu-monde-occidental-lesmarches.html?spref=tw).  

jeudi 16 juillet 2015

Placement or ? A fuir !

Si nous observons l’évolution du cours de l’once d’or depuis 2010, une courbe en W en ressort parfaitement. Après une montée fulgurante de 1205 USD le 01/05/2010 à 1813 USD au mois d’août 2011 (+ 50,46% en 15 mois !), le cours fléchit de 12,73% à 1593 USD sur près d’un an  (07/2012) pour se retendre de nouveau vers les 1762 USD sur une période de deux mois et entamer une chute vertigineuse de -33,50% en deux ans et demi, se retrouvant sous le plancher de 2010 à 1172 USD au 6 juin 2015.   

Si nous mettons en perspective cette courbe aux mises en place successives des Quantitative Easings (QE) de la Federal Reserve Bank (FED), nous obtenons un éclairage sur ces variations. Je me réfère ici à l’économie américaine qui reste la plus significative de l’évolution mondiale même si la BCE, la Bank Of England et la Bank of Japan ont pratiqué la même politique.

Le premier QE correspondant au cours de l’once à son plancher démarre à la fin des sub-primes en novembre 2008 et s’étire jusqu’à la mi-2010 avant de se voir renouveler. Il provoque immédiatement une croissance du cours de l’or: par l’introduction de ce qu’elle a elle-même appelé une gestion hétérodoxe de la monnaie centrale, la FED a visiblement dans cette première année causé le doute chez les agents financiers.

La FED n’a pas rassuré les marchés révélant moins une volonté de relancer l’économie réelle que la difficulté du système bancaire après la chute de Lehman Brothers. S’il y avait eu reprise, il y aurait eu au contraire une remontée des taux d’intérêt par un relèvement des taux de refinancement afin de stabiliser une éventuelle inflation.

Notons cependant que le cours du S&P remonte dès la mise en place du QE ainsi que le taux de croissance du PIB US et contredit en quelque sorte le doute des agents sur cette relance.

Pour dissiper cette inquiétude, la FED introduit un second QE dès novembre 2010 mais en vain puisque le cours de l’or atteint son pic courant aout 2011. La politique de la FED est cependant récompensée puisque le cours baisse sur un an jusqu’à juillet 2012.

Si nous regardons de plus près les raisons de la montée du cours de l’once à la mi-2011, elles se trouvent dans la baisse du S&P de mai 2011 à décembre 2011 obligeant la FED à rassurer de nouveau les marchés en lançant un troisième volet de QE dès septembre 2012.

Ce troisième QE va dès lors être décisif et se poursuivre en continue à ce jour, entraînant tant une chute de l’or qu’une explosion des cours de près de 50%, taux totalement démultiplié par rapport à la croissance du PIB US de « seulement » + 8,17 % en deux ans (09/2012-09/2014), chiffre remarquable si on le compare au ralentissement du commerce mondial et à l’anomie de la zone Euro.  

La remontée du S&P500 part du début janvier 2009 sous les 760 points pour atteindre les 2100 au deuxième trimestre 2015 alors que le cours de l’or n’a commencé à baisser de façon continue qu’à partir de septembre 2012. Si les marchés avaient été rassurés par l’état de l’économie, le cours de l’once aurait dû baisser sur la même période alors qu’il y a un décalage de deux ans et demi.

L’économie US est repartie en effet à la hausse début 2009 aidée en cela par de forts investissements du Trésor US et par la politique monétaire de la FED, réinjectant des liquidités massives dans le système bancaire, lui-même achetant des bons du Trésor, collatéraux recherchés par les banques pour garantir les prêts qu’elles se font entre elles. Ce surplus de liquidités va permettre de relancer la spéculation par la création de fonds d’investissement ce qui va expliquer la démultiplication du cours S&P par rapport à la croissance du PIB. Que les agents purent envisager l’artifice d’un tel mécanisme reposant sur une offre de monnaie par des taux faibles et un réinvestissement public direct ou indirect en décalage total avec une quelconque remontée des salaires ou de la précarité, il en est très peu probable.

La hausse du cours de l’or jusqu’en septembre 2012 n’est en aucun cas liée à une suspicion des agents sur la santé à terme de l’économie tant leurs comportements sont guidés par le court-termisme. A contrario le surplus de liquidités dans l’économie a certainement modifié le comportement des agents sur l’or l’appréhendant non plus comme une valeur refuge mais un produit, une « commodity. Le cours de l’once d’or tournait autour de 400USD de 1982 à 2004 donc stable sur 22 ans avant de connaître une hausse de 2004 à 2011 de 375% !!  Plus les QE prendront de l’ampleur, plus le cours s’envolera non pas à cause de la croyance en une incertitude du Système mais en un redoublement de la spéculation en son sein.

Pourtant les cours vont s’effondrer à partir de septembre 2012 alors que rien ne montre un quelconque changement dans le comportement des agents. Les cours de l’or auraient dû augmenter d’autant que le marché s’est dédoublé par la démultiplication des certificats d’or qui sont des titres de propriétés d’une certaine quantité d’or que son détenteur ne possède qu’indirectement par ce titre qu’il peut céder ou donner en garantie (le fameux or-papier). La financiarisation du marché de l’or ne pouvait qu’augurer une explosion des cours et c’est exactement le contraire qui se produisit. 

Dans un article du 13 Avril 2013, Paul Craig Roberts apporte un élément de réponse. Selon  le tradeur Andrew Maguire 500 tonnes d’or ont été mises sur le marché le 12 Avril 2013 et ont fait baisser le cours de 73 USD…. en une seule journée sans que le moindre or physique n’ai été livré, les opérations ayant été nouées à découvert nue.

Comme l’explique Craig Roberts, un découvert n’existe que parce qu’il y a une anticipation à la baisse du cours par les investisseurs. Avant cette baisse anticipée, les investisseurs chercheront à vendre leur or à un prix encore profitable, vente qu’ils pourront faire sans posséder l’or physiquement et c’est là tout le charme de la finance dématérialisée: le vendeur acquerra un certificat représentant une quantité réelle d’or détenue physiquement par un propriétaire qu’il revendra donc à un bon prix avant la baisse. Le prix de la vente lui permettra une fois la baisse acquise de racheter l’or dans des conditions très avantageuses, rachat une fois de plus direct ou par certificats interposés.

Le « short » ou découvert nu permet ainsi de faire une opération à la vente sans qu’il y ait de livraison de produits ce qui a pour principal conséquence de faire baisser les cours. Le vendeur a un titre de vente de quelque chose qu’il n’a pas réellement, tout l’intérêt des ventes à découvert est ainsi  de pouvoir se nouer sans être obligé de livrer la chose que l’agent n’a de toute façon pas. 

500 tonnes, cela fait un peu plus de 17 500 000 onces d’or vendues en un seul jour ! Comme le remarque Craig Roberts, qui possède une telle quantité et qui a 24 800 000 000 USD pour l’acheter (l’once valait ce jour 1550 USD)? Une telle vente a fait baisser le cours de 73 USD ce qui a fait perdre plus de 17 millions de fois 73USD au vendeur !!!! Seule une banque centrale peut se risquer à une telle opération et en l’occurrence c’est la FED.  

Evidemment le prix ayant baissé, les détenteurs d’or physique ont tenté de vendre à leur tour alors même que nous étions dans un marché à découvert retournant ainsi la tendance de 50 acheteurs pour 1 vendeur selon le trader Bill Haynes sur Kingworldnews.com.

D’où cette lancinante question que pose Craig Roberts : est-ce que les autorités ont une telle masse d’or physique pour couvrir les shorts ? Certains en doutent d’autant que ces mêmes autorités ont dû vendre beaucoup d’or physique pour enrayer la hausse de 272 USD de décembre 2000 à 1900 USD en 2011.

Les analystes rappellent qu’à la récente demande de l’Allemagne aux USA de leur retourner leur propre stock d’or détenu dans les caisses de la Federal Reserve, les américains ont alors proposé un échelonnement du retour sur 7 ans. Si les USA ont de l’or, pourquoi alors mettre 7 ans pour en rendre une partie à leur propriétaire ?? Pour Craig Roberts, les autorités n’ont pas cet or. Pour Mondialisation.ca, il y a clairement une pénurie d’or physique notamment en Asie du Sud-Est c’est-à-dire dans la principale zone de croissance du monde.

Andrew Maguire estime que les banques centrales étrangères, notamment la Banque de Chine cherchent à acquérir de l’or physique à bas prix par ces mécanismes de ventes à découvert ne nécessitant pas de livraisons. Il est en effet très vraisemblable que les dollars détenus par celles-ci en abondance depuis les premiers QE’s ont eu pour double conséquence un renchérissement du cours de l’or et une baisse de livraison d’or physique.

En fait la FED a cherché à maintenir la valeur du dollar par la baisse du cours de l’or, l’objectif étant de garder le dollar comme valeur refuge au dépend de celle de l’or, le risque principal étant que si il y a une demande forte de livraison physique d’or, le marché sera confronté à une impossibilité entrainant le renchérissement du cours de l’or et l’effondrement de celui du dollar !

Tout le Système est allé cependant dans le sens d’une baisse concertée des cours au regard des annonces des sociétés de courtage et de Goldmann Sachs dans cette même semaine d’avril 2013 de vendre leurs positions or, le but étant que les détenteurs d’or physique se défassent du leur pour qu’ils puissent se les procurer à bas prix. On observe bien une dissociation d’un marché de l’or papier et un de l’or physique.

Mais revenons sur la demande de l’Allemagne de rapatrier l’or des caisses de la FED. Cette demande fut en réalité triple puisqu’elle concernait également Paris et Londres et s’inscrivait plus largement dans un mouvement initié par le Venezuela de Hugo Chavez puis par l’Equateur, l’Autriche, la Hollande, tous demandant leur or à la FED !  Le plus dérangeant bien sûr est que l’Allemagne n’en a récupéré qu’une partie ce qui provoqua des remous entre Berlin et Washington mais surtout correspondit à des achats massifs d’or par la Russie, la Chine et l’Inde sur toutes les places, la Chine achetant même des lingots comportant du tungstène !

Rapporté par Joseph Farrell sur son blog GizaDeathStar, Koos Jansen dans le BullionStar blog nous rappelle que 97% de l’or de Fort Knox a été audité annuellement et officiellement de 1974 à 1986. Lorsque Koos Jansen a voulu voir le rapport de tous ces audits en vertu du « Freedom Of Information Act », il en manqua cependant sept ! Toute monnaie digne de ce nom se doit d’avoir une valeur assise sur l’or et les réserves d’or de Fort Knox sont officiellement  de 8134 tonnes. Chaque rapport annuel confirme l’existence de ce stock d’or et le fait qu’il en manque sept reste problèmatique.

Koos Jansen releva un point souligné par l’inspecteur général Eric Thorson devant le Congrès en 2011 dans le cadre du Gold Transparency Act :

« Avant de discuter des détails des audits, objet de cette audition, je souhaiterais souligner le point suivant : 100% des réserves du gouvernement américain ont été inventoriées et auditées. Je peux vous assurer que la sécurité sur ces réserves est absolue. Je peux vous le dire sans hésitation car j’ai vu moi-même l’or et la sécurité entourant ces réserves. »

Jansen rajoute alors qu’il n’y a aucune preuve à ce qu’il dit, et de dire que « 100% des réserves du gouvernement des USA ont été inventoriées et auditées » est impossible à confirmer.

Comme le dit Jansen, « de la consultation des audits annuels aux Archives Nationales Américaines, celles-ci n’ont pu remettre les sept audits en question, sept rapports absents des Archives, du Département du Trésor et du Bureau de l’Inspection Générale (OIG). Après avoir sollicité d’autres services gouvernementaux en vain, Jansen en resta avec cinq documents (six audits) ceux de 1974, 1977, 1981, 1985 et 1986, soit exactement les mêmes cités par Thorson au Congrès et il semble que ces documents soient les seuls existants !, les 7 autres ayant mystérieusement disparus. »

Jansen relève alors un certain nombre d’anomalies.

« Les compartiments à la US Mint (organisme qui produit et met en circulation les pièces de monnaie aux USA) étaient sous scellés officiels alors que les compartiments à la Federal Reserve Bank ne l’étaient pas ce qui suppose que l’or entreposé à la Federal Reserve Bank pouvait être facilement transportable en dehors des coffres, fort probablement à travers un couloir le reliant au coffre privé de l’immeuble du 1st Chase Manhattan Plaza. Il y a en effet deux coffres à la FED, un coffre principal et un coffre dit auxiliaire et il y a très peu de traces écrites sur ce coffre « secondaire » (voir ci-dessous en lien l’article du reporter du BullionStar Ronan Manly pour plus d’information sur la construction de ce coffre et ce couloir sous la rue  menant à cet immeuble autrefois propriété de JP Morgan et récemment acheté par FOSUN, fonds d’investissement chinois).

« Mais revenons sur les audits de la Federal Reserve et notamment sur une remarque dans l’audit de 1981 : les procédures d’audit sont essentiellement les mêmes que ce soit pour la Federal Reserve que pour l’US Mint à la différence près que des échantillons pour vérification de la pureté de l’or ne sont pas prélevés pour la FED.

En 1985, le rapport mentionne : « Bien que la qualité de l’or dans les coffres de la FED de New York ne puisse pas être mesurée » : donc non seulement les coffres de la FED ne sont pas scellés, mais pour des raisons inconnues aucun test de vérification n’y a jamais été entrepris ! »

Et Joseph Farrell de souligner que si tout cela est vrai, il s’agirait d’un pas important vers l’explication des difficultés de l’Allemagne à récupérer son or si de telles conditions ont persisté dans le temps. Jansen continua de mettre en évidence de telles implications.

« Toujours dans le rapport de 1985, « l’or audité n’a jamais été sous le contrôle d’un comité d’expert après la fin de l’audit », autrement dit l’or n’a jamais été considéré comme audité ! Selon les rapports disponibles, le comité en 1985 devait conclure à l’absence d’expertise de l’or en 1985. En 1975 le rapport mentionnait qu’un audit de l’or de la Federal Reserve était nécessaire mais depuis cette volonté au fil des ans a disparu. »

Il y a par ailleurs une autre anomalie, l’absence de toute documentation sérieuse sur les tests d’échantillonnage.

« Si nous regardons les essais menés à l’US Mint depuis 1953 : En 1953, nous pouvions lire qu’il y avait 26 lingots (0,00002% de la réserve totale de l’époque) d’analysés à partir d’un échantillonnage représentatif. Les tests ne montrèrent aucune irrégularité. La personne ayant fait l’analyse resta anonyme et il n’y avait pas de rapport d’analyse inclus dans le rapport d’audit.

En 1974 le bureau de test de New York analysait 95 lingots. Les deux marques en forme de tétraèdre sur le haut et le dessous du lingot furent retirées et les tests ne montrèrent aucune irrégularité. Aucun rapport d’analyse ne fut cependant inclus dans le rapport global.

En 1977, un lingot de chaque cinquantième fond d’or (un fond équivaut à 20 lingots) fut analysé et des irrégularités furent trouvées dans deux fonds, « le coffre a dû être ouvert deux fois de plus en présence de la Commission Mixte de Certification et l’or fut réévalué. La personne qui procéda à l’analyse resta anonyme et aucun rapport ne fut inclus dans le rapport global.

Pour tous les autres rapports officiellement publiés (1980,1981,1985, 1986), il y est brièvement noté que des tests furent conduits, vraisemblablement pour un lingot de chaque cinquantième fond. Aucune irrégularité ne fut trouvée, le testeur resta anonyme et aucun rapport d’analyse ne fut inclus. 

Pour les audits faits en 1975, 1976, 1978, 1979, 1982, 1983 et 1984 pour un même échantillonnage (un lingot dans chaque 50ème fond), il n’y eut ni rapport d’analyse, ni rapport global et nous ne savons pas qui a pratiqué les tests.

C’est en fait près de 97% de l’or audité par les comités d’audits subséquents qui n’a pas été évalué par un test indépendant. En 1977, le Bureau des Tests de New York qui est une filiale de l’US Mint conduisit des tests mais pour les autres années nous ne savons même pas quel est l’organisme qui les pratiqua. »

Mais il y a une autre anomalie liée aux pièces d’or qui reste centrale selon Joseph Farrell. Dixit Jansen :

« Pourquoi n’avons-nous jamais vu d’analyses de barres de pièces d’or ? Les pièces d’or dont la pureté varie de 899 à 901/1000 ou de 915 ½ à 917/1000 soit à près de 90% pur et ces barres constituent l’essentiel des réserves officielles d’or américaines. L’ancien directeur de l’US Mint Edmund Moy a avancé qu’en 2013 les réserves américaines contenaient essentiellement des barres de pièces d’or du fait de la Grande Confiscation de 1933 par le président Roosevelt quand les citoyens américains ont dû remettre aux autorités tout leur or physique. Toutes ces pièces d’or ont dû être accumulées formant mythiquement la plus grosse pile d’or sur terre ! Cependant comme je l’avais écrit précédemment, toutes les pièces d’or ayant circulé avant 1933 n’ont pas pu fournir l’essentiel des réserves comme le suggère Edmund Moy. »

Au final, Koos Jansen en arrive à ce scénario :

« Si nous lisons avec attention les rares rapports qui nous sont parvenus, nous remarquons que les procédures d’audit ont été revues en 1983.  En conséquence plus de 1700 tonnes dans les dépôts de Denver et de Fort Knox qui avaient été auditées et scellées à cette date doivent donc être de nouveau expertisées.

Comme l’indique Joseph Farrell, il convient de résumer l’analyse de Jansen par les points suivants :

1) Les audits ont été faits à la US Mint et dans différents dépôts ;

2) Les audits n’ont pas été faits correctement à la Federal Reserve de New York ;

3) Il est allégué que la FED a des tunnels secrets communiquant directement à la JP Morgan dont l’immeuble a été récemment racheté par un fonds d’investissement chinois ;

4) L’or récupéré par l’Administration Roosevelt dans son entreprise de confiscation du début des années 30 ne semble pas correspondre à la quantité d’or en pièces existantes dans le système de dépôt US.

Nous avons donc :

1) Une implication des chinois ;

2) Plus d’or dans le Système qu’il n’en apparaît officiellement ;

3) Un tunnel secret entre la banque centrale US et une « prime » banque US et son implication dans « quelque chose » ;

Ce faisceau d’indices recouvre l’hypothèse de l’or volé au Kuomintang chinois qui fut directement et secrètement échangé contre des Bons du Trésor par la Reserve Federal, bons ayant été émis avec des erreurs délibérées dans le seul but de les dénoncer subséquemment comme fraude et faux. Ces pièces d’or pourraient aussi avoir pour source non seulement la confiscation de Roosevelt mais aussi l’or volé par les pilleurs de l’Axe (dont l’or des Nazis arrachés aux victimes des Camps d’Extermination) ce qui expliquerait les écarts notés par Jansen. Les indications d’une participation secrète d’une « prime » banque américaine à un financement secret rajoutent un élément d’explication à ces rapports disparus. Farrell suggère en fait l’existence d’un système caché correspondant à un vaste réseau d’opérations couvertes et de « black projects » ce qui fera l’objet d’un autre article.

En conclusion tout part donc des ventes à découvert stoppant la hausse dès septembre 2012, baisse amplifiée par la manipulation des cours en avril 2013 par la FED, l’objectif étant de détourner les acheteurs/spéculateurs de l’or dont les réserves sont visiblement incertaines du moins physiquement non établies. Ce contrôle des cours devrait aussi inciter les épargnants (ménages) à ne pas s’en approcher au risque de tout perdre.

Comme le dit Bill Bonner dans un article de la lettre d’Agora, l’or reste une valeur hors Système, ce dernier fonctionnant selon une dynamique de marchés dans laquelle le dollar n’a plus son équivalent en or et dépend que de lui-même et du contrôle financier des banques centrales (FED essentiellement)....sauf bien sûr si le marché/Système implose.

Sources :