jeudi 16 juillet 2015

Placement or ? A fuir !

Si nous observons l’évolution du cours de l’once d’or depuis 2010, une courbe en W en ressort parfaitement. Après une montée fulgurante de 1205 USD le 01/05/2010 à 1813 USD au mois d’août 2011 (+ 50,46% en 15 mois !), le cours fléchit de 12,73% à 1593 USD sur près d’un an  (07/2012) pour se retendre de nouveau vers les 1762 USD sur une période de deux mois et entamer une chute vertigineuse de -33,50% en deux ans et demi, se retrouvant sous le plancher de 2010 à 1172 USD au 6 juin 2015.   

Si nous mettons en perspective cette courbe aux mises en place successives des Quantitative Easings (QE) de la Federal Reserve Bank (FED), nous obtenons un éclairage sur ces variations. Je me réfère ici à l’économie américaine qui reste la plus significative de l’évolution mondiale même si la BCE, la Bank Of England et la Bank of Japan ont pratiqué la même politique.

Le premier QE correspondant au cours de l’once à son plancher démarre à la fin des sub-primes en novembre 2008 et s’étire jusqu’à la mi-2010 avant de se voir renouveler. Il provoque immédiatement une croissance du cours de l’or: par l’introduction de ce qu’elle a elle-même appelé une gestion hétérodoxe de la monnaie centrale, la FED a visiblement dans cette première année causé le doute chez les agents financiers.

La FED n’a pas rassuré les marchés révélant moins une volonté de relancer l’économie réelle que la difficulté du système bancaire après la chute de Lehman Brothers. S’il y avait eu reprise, il y aurait eu au contraire une remontée des taux d’intérêt par un relèvement des taux de refinancement afin de stabiliser une éventuelle inflation.

Notons cependant que le cours du S&P remonte dès la mise en place du QE ainsi que le taux de croissance du PIB US et contredit en quelque sorte le doute des agents sur cette relance.

Pour dissiper cette inquiétude, la FED introduit un second QE dès novembre 2010 mais en vain puisque le cours de l’or atteint son pic courant aout 2011. La politique de la FED est cependant récompensée puisque le cours baisse sur un an jusqu’à juillet 2012.

Si nous regardons de plus près les raisons de la montée du cours de l’once à la mi-2011, elles se trouvent dans la baisse du S&P de mai 2011 à décembre 2011 obligeant la FED à rassurer de nouveau les marchés en lançant un troisième volet de QE dès septembre 2012.

Ce troisième QE va dès lors être décisif et se poursuivre en continue à ce jour, entraînant tant une chute de l’or qu’une explosion des cours de près de 50%, taux totalement démultiplié par rapport à la croissance du PIB US de « seulement » + 8,17 % en deux ans (09/2012-09/2014), chiffre remarquable si on le compare au ralentissement du commerce mondial et à l’anomie de la zone Euro.  

La remontée du S&P500 part du début janvier 2009 sous les 760 points pour atteindre les 2100 au deuxième trimestre 2015 alors que le cours de l’or n’a commencé à baisser de façon continue qu’à partir de septembre 2012. Si les marchés avaient été rassurés par l’état de l’économie, le cours de l’once aurait dû baisser sur la même période alors qu’il y a un décalage de deux ans et demi.

L’économie US est repartie en effet à la hausse début 2009 aidée en cela par de forts investissements du Trésor US et par la politique monétaire de la FED, réinjectant des liquidités massives dans le système bancaire, lui-même achetant des bons du Trésor, collatéraux recherchés par les banques pour garantir les prêts qu’elles se font entre elles. Ce surplus de liquidités va permettre de relancer la spéculation par la création de fonds d’investissement ce qui va expliquer la démultiplication du cours S&P par rapport à la croissance du PIB. Que les agents purent envisager l’artifice d’un tel mécanisme reposant sur une offre de monnaie par des taux faibles et un réinvestissement public direct ou indirect en décalage total avec une quelconque remontée des salaires ou de la précarité, il en est très peu probable.

La hausse du cours de l’or jusqu’en septembre 2012 n’est en aucun cas liée à une suspicion des agents sur la santé à terme de l’économie tant leurs comportements sont guidés par le court-termisme. A contrario le surplus de liquidités dans l’économie a certainement modifié le comportement des agents sur l’or l’appréhendant non plus comme une valeur refuge mais un produit, une « commodity. Le cours de l’once d’or tournait autour de 400USD de 1982 à 2004 donc stable sur 22 ans avant de connaître une hausse de 2004 à 2011 de 375% !!  Plus les QE prendront de l’ampleur, plus le cours s’envolera non pas à cause de la croyance en une incertitude du Système mais en un redoublement de la spéculation en son sein.

Pourtant les cours vont s’effondrer à partir de septembre 2012 alors que rien ne montre un quelconque changement dans le comportement des agents. Les cours de l’or auraient dû augmenter d’autant que le marché s’est dédoublé par la démultiplication des certificats d’or qui sont des titres de propriétés d’une certaine quantité d’or que son détenteur ne possède qu’indirectement par ce titre qu’il peut céder ou donner en garantie (le fameux or-papier). La financiarisation du marché de l’or ne pouvait qu’augurer une explosion des cours et c’est exactement le contraire qui se produisit. 

Dans un article du 13 Avril 2013, Paul Craig Roberts apporte un élément de réponse. Selon  le tradeur Andrew Maguire 500 tonnes d’or ont été mises sur le marché le 12 Avril 2013 et ont fait baisser le cours de 73 USD…. en une seule journée sans que le moindre or physique n’ai été livré, les opérations ayant été nouées à découvert nue.

Comme l’explique Craig Roberts, un découvert n’existe que parce qu’il y a une anticipation à la baisse du cours par les investisseurs. Avant cette baisse anticipée, les investisseurs chercheront à vendre leur or à un prix encore profitable, vente qu’ils pourront faire sans posséder l’or physiquement et c’est là tout le charme de la finance dématérialisée: le vendeur acquerra un certificat représentant une quantité réelle d’or détenue physiquement par un propriétaire qu’il revendra donc à un bon prix avant la baisse. Le prix de la vente lui permettra une fois la baisse acquise de racheter l’or dans des conditions très avantageuses, rachat une fois de plus direct ou par certificats interposés.

Le « short » ou découvert nu permet ainsi de faire une opération à la vente sans qu’il y ait de livraison de produits ce qui a pour principal conséquence de faire baisser les cours. Le vendeur a un titre de vente de quelque chose qu’il n’a pas réellement, tout l’intérêt des ventes à découvert est ainsi  de pouvoir se nouer sans être obligé de livrer la chose que l’agent n’a de toute façon pas. 

500 tonnes, cela fait un peu plus de 17 500 000 onces d’or vendues en un seul jour ! Comme le remarque Craig Roberts, qui possède une telle quantité et qui a 24 800 000 000 USD pour l’acheter (l’once valait ce jour 1550 USD)? Une telle vente a fait baisser le cours de 73 USD ce qui a fait perdre plus de 17 millions de fois 73USD au vendeur !!!! Seule une banque centrale peut se risquer à une telle opération et en l’occurrence c’est la FED.  

Evidemment le prix ayant baissé, les détenteurs d’or physique ont tenté de vendre à leur tour alors même que nous étions dans un marché à découvert retournant ainsi la tendance de 50 acheteurs pour 1 vendeur selon le trader Bill Haynes sur Kingworldnews.com.

D’où cette lancinante question que pose Craig Roberts : est-ce que les autorités ont une telle masse d’or physique pour couvrir les shorts ? Certains en doutent d’autant que ces mêmes autorités ont dû vendre beaucoup d’or physique pour enrayer la hausse de 272 USD de décembre 2000 à 1900 USD en 2011.

Les analystes rappellent qu’à la récente demande de l’Allemagne aux USA de leur retourner leur propre stock d’or détenu dans les caisses de la Federal Reserve, les américains ont alors proposé un échelonnement du retour sur 7 ans. Si les USA ont de l’or, pourquoi alors mettre 7 ans pour en rendre une partie à leur propriétaire ?? Pour Craig Roberts, les autorités n’ont pas cet or. Pour Mondialisation.ca, il y a clairement une pénurie d’or physique notamment en Asie du Sud-Est c’est-à-dire dans la principale zone de croissance du monde.

Andrew Maguire estime que les banques centrales étrangères, notamment la Banque de Chine cherchent à acquérir de l’or physique à bas prix par ces mécanismes de ventes à découvert ne nécessitant pas de livraisons. Il est en effet très vraisemblable que les dollars détenus par celles-ci en abondance depuis les premiers QE’s ont eu pour double conséquence un renchérissement du cours de l’or et une baisse de livraison d’or physique.

En fait la FED a cherché à maintenir la valeur du dollar par la baisse du cours de l’or, l’objectif étant de garder le dollar comme valeur refuge au dépend de celle de l’or, le risque principal étant que si il y a une demande forte de livraison physique d’or, le marché sera confronté à une impossibilité entrainant le renchérissement du cours de l’or et l’effondrement de celui du dollar !

Tout le Système est allé cependant dans le sens d’une baisse concertée des cours au regard des annonces des sociétés de courtage et de Goldmann Sachs dans cette même semaine d’avril 2013 de vendre leurs positions or, le but étant que les détenteurs d’or physique se défassent du leur pour qu’ils puissent se les procurer à bas prix. On observe bien une dissociation d’un marché de l’or papier et un de l’or physique.

Mais revenons sur la demande de l’Allemagne de rapatrier l’or des caisses de la FED. Cette demande fut en réalité triple puisqu’elle concernait également Paris et Londres et s’inscrivait plus largement dans un mouvement initié par le Venezuela de Hugo Chavez puis par l’Equateur, l’Autriche, la Hollande, tous demandant leur or à la FED !  Le plus dérangeant bien sûr est que l’Allemagne n’en a récupéré qu’une partie ce qui provoqua des remous entre Berlin et Washington mais surtout correspondit à des achats massifs d’or par la Russie, la Chine et l’Inde sur toutes les places, la Chine achetant même des lingots comportant du tungstène !

Rapporté par Joseph Farrell sur son blog GizaDeathStar, Koos Jansen dans le BullionStar blog nous rappelle que 97% de l’or de Fort Knox a été audité annuellement et officiellement de 1974 à 1986. Lorsque Koos Jansen a voulu voir le rapport de tous ces audits en vertu du « Freedom Of Information Act », il en manqua cependant sept ! Toute monnaie digne de ce nom se doit d’avoir une valeur assise sur l’or et les réserves d’or de Fort Knox sont officiellement  de 8134 tonnes. Chaque rapport annuel confirme l’existence de ce stock d’or et le fait qu’il en manque sept reste problèmatique.

Koos Jansen releva un point souligné par l’inspecteur général Eric Thorson devant le Congrès en 2011 dans le cadre du Gold Transparency Act :

« Avant de discuter des détails des audits, objet de cette audition, je souhaiterais souligner le point suivant : 100% des réserves du gouvernement américain ont été inventoriées et auditées. Je peux vous assurer que la sécurité sur ces réserves est absolue. Je peux vous le dire sans hésitation car j’ai vu moi-même l’or et la sécurité entourant ces réserves. »

Jansen rajoute alors qu’il n’y a aucune preuve à ce qu’il dit, et de dire que « 100% des réserves du gouvernement des USA ont été inventoriées et auditées » est impossible à confirmer.

Comme le dit Jansen, « de la consultation des audits annuels aux Archives Nationales Américaines, celles-ci n’ont pu remettre les sept audits en question, sept rapports absents des Archives, du Département du Trésor et du Bureau de l’Inspection Générale (OIG). Après avoir sollicité d’autres services gouvernementaux en vain, Jansen en resta avec cinq documents (six audits) ceux de 1974, 1977, 1981, 1985 et 1986, soit exactement les mêmes cités par Thorson au Congrès et il semble que ces documents soient les seuls existants !, les 7 autres ayant mystérieusement disparus. »

Jansen relève alors un certain nombre d’anomalies.

« Les compartiments à la US Mint (organisme qui produit et met en circulation les pièces de monnaie aux USA) étaient sous scellés officiels alors que les compartiments à la Federal Reserve Bank ne l’étaient pas ce qui suppose que l’or entreposé à la Federal Reserve Bank pouvait être facilement transportable en dehors des coffres, fort probablement à travers un couloir le reliant au coffre privé de l’immeuble du 1st Chase Manhattan Plaza. Il y a en effet deux coffres à la FED, un coffre principal et un coffre dit auxiliaire et il y a très peu de traces écrites sur ce coffre « secondaire » (voir ci-dessous en lien l’article du reporter du BullionStar Ronan Manly pour plus d’information sur la construction de ce coffre et ce couloir sous la rue  menant à cet immeuble autrefois propriété de JP Morgan et récemment acheté par FOSUN, fonds d’investissement chinois).

« Mais revenons sur les audits de la Federal Reserve et notamment sur une remarque dans l’audit de 1981 : les procédures d’audit sont essentiellement les mêmes que ce soit pour la Federal Reserve que pour l’US Mint à la différence près que des échantillons pour vérification de la pureté de l’or ne sont pas prélevés pour la FED.

En 1985, le rapport mentionne : « Bien que la qualité de l’or dans les coffres de la FED de New York ne puisse pas être mesurée » : donc non seulement les coffres de la FED ne sont pas scellés, mais pour des raisons inconnues aucun test de vérification n’y a jamais été entrepris ! »

Et Joseph Farrell de souligner que si tout cela est vrai, il s’agirait d’un pas important vers l’explication des difficultés de l’Allemagne à récupérer son or si de telles conditions ont persisté dans le temps. Jansen continua de mettre en évidence de telles implications.

« Toujours dans le rapport de 1985, « l’or audité n’a jamais été sous le contrôle d’un comité d’expert après la fin de l’audit », autrement dit l’or n’a jamais été considéré comme audité ! Selon les rapports disponibles, le comité en 1985 devait conclure à l’absence d’expertise de l’or en 1985. En 1975 le rapport mentionnait qu’un audit de l’or de la Federal Reserve était nécessaire mais depuis cette volonté au fil des ans a disparu. »

Il y a par ailleurs une autre anomalie, l’absence de toute documentation sérieuse sur les tests d’échantillonnage.

« Si nous regardons les essais menés à l’US Mint depuis 1953 : En 1953, nous pouvions lire qu’il y avait 26 lingots (0,00002% de la réserve totale de l’époque) d’analysés à partir d’un échantillonnage représentatif. Les tests ne montrèrent aucune irrégularité. La personne ayant fait l’analyse resta anonyme et il n’y avait pas de rapport d’analyse inclus dans le rapport d’audit.

En 1974 le bureau de test de New York analysait 95 lingots. Les deux marques en forme de tétraèdre sur le haut et le dessous du lingot furent retirées et les tests ne montrèrent aucune irrégularité. Aucun rapport d’analyse ne fut cependant inclus dans le rapport global.

En 1977, un lingot de chaque cinquantième fond d’or (un fond équivaut à 20 lingots) fut analysé et des irrégularités furent trouvées dans deux fonds, « le coffre a dû être ouvert deux fois de plus en présence de la Commission Mixte de Certification et l’or fut réévalué. La personne qui procéda à l’analyse resta anonyme et aucun rapport ne fut inclus dans le rapport global.

Pour tous les autres rapports officiellement publiés (1980,1981,1985, 1986), il y est brièvement noté que des tests furent conduits, vraisemblablement pour un lingot de chaque cinquantième fond. Aucune irrégularité ne fut trouvée, le testeur resta anonyme et aucun rapport d’analyse ne fut inclus. 

Pour les audits faits en 1975, 1976, 1978, 1979, 1982, 1983 et 1984 pour un même échantillonnage (un lingot dans chaque 50ème fond), il n’y eut ni rapport d’analyse, ni rapport global et nous ne savons pas qui a pratiqué les tests.

C’est en fait près de 97% de l’or audité par les comités d’audits subséquents qui n’a pas été évalué par un test indépendant. En 1977, le Bureau des Tests de New York qui est une filiale de l’US Mint conduisit des tests mais pour les autres années nous ne savons même pas quel est l’organisme qui les pratiqua. »

Mais il y a une autre anomalie liée aux pièces d’or qui reste centrale selon Joseph Farrell. Dixit Jansen :

« Pourquoi n’avons-nous jamais vu d’analyses de barres de pièces d’or ? Les pièces d’or dont la pureté varie de 899 à 901/1000 ou de 915 ½ à 917/1000 soit à près de 90% pur et ces barres constituent l’essentiel des réserves officielles d’or américaines. L’ancien directeur de l’US Mint Edmund Moy a avancé qu’en 2013 les réserves américaines contenaient essentiellement des barres de pièces d’or du fait de la Grande Confiscation de 1933 par le président Roosevelt quand les citoyens américains ont dû remettre aux autorités tout leur or physique. Toutes ces pièces d’or ont dû être accumulées formant mythiquement la plus grosse pile d’or sur terre ! Cependant comme je l’avais écrit précédemment, toutes les pièces d’or ayant circulé avant 1933 n’ont pas pu fournir l’essentiel des réserves comme le suggère Edmund Moy. »

Au final, Koos Jansen en arrive à ce scénario :

« Si nous lisons avec attention les rares rapports qui nous sont parvenus, nous remarquons que les procédures d’audit ont été revues en 1983.  En conséquence plus de 1700 tonnes dans les dépôts de Denver et de Fort Knox qui avaient été auditées et scellées à cette date doivent donc être de nouveau expertisées.

Comme l’indique Joseph Farrell, il convient de résumer l’analyse de Jansen par les points suivants :

1) Les audits ont été faits à la US Mint et dans différents dépôts ;

2) Les audits n’ont pas été faits correctement à la Federal Reserve de New York ;

3) Il est allégué que la FED a des tunnels secrets communiquant directement à la JP Morgan dont l’immeuble a été récemment racheté par un fonds d’investissement chinois ;

4) L’or récupéré par l’Administration Roosevelt dans son entreprise de confiscation du début des années 30 ne semble pas correspondre à la quantité d’or en pièces existantes dans le système de dépôt US.

Nous avons donc :

1) Une implication des chinois ;

2) Plus d’or dans le Système qu’il n’en apparaît officiellement ;

3) Un tunnel secret entre la banque centrale US et une « prime » banque US et son implication dans « quelque chose » ;

Ce faisceau d’indices recouvre l’hypothèse de l’or volé au Kuomintang chinois qui fut directement et secrètement échangé contre des Bons du Trésor par la Reserve Federal, bons ayant été émis avec des erreurs délibérées dans le seul but de les dénoncer subséquemment comme fraude et faux. Ces pièces d’or pourraient aussi avoir pour source non seulement la confiscation de Roosevelt mais aussi l’or volé par les pilleurs de l’Axe (dont l’or des Nazis arrachés aux victimes des Camps d’Extermination) ce qui expliquerait les écarts notés par Jansen. Les indications d’une participation secrète d’une « prime » banque américaine à un financement secret rajoutent un élément d’explication à ces rapports disparus. Farrell suggère en fait l’existence d’un système caché correspondant à un vaste réseau d’opérations couvertes et de « black projects » ce qui fera l’objet d’un autre article.

En conclusion tout part donc des ventes à découvert stoppant la hausse dès septembre 2012, baisse amplifiée par la manipulation des cours en avril 2013 par la FED, l’objectif étant de détourner les acheteurs/spéculateurs de l’or dont les réserves sont visiblement incertaines du moins physiquement non établies. Ce contrôle des cours devrait aussi inciter les épargnants (ménages) à ne pas s’en approcher au risque de tout perdre.

Comme le dit Bill Bonner dans un article de la lettre d’Agora, l’or reste une valeur hors Système, ce dernier fonctionnant selon une dynamique de marchés dans laquelle le dollar n’a plus son équivalent en or et dépend que de lui-même et du contrôle financier des banques centrales (FED essentiellement)....sauf bien sûr si le marché/Système implose.

Sources :



mercredi 20 mai 2015

L’hubris du monde occidental

Les marchés actions US sont assurément un révélateur pertinent de la crise systémique en cours, tant pour le système socio-économique américain que pour le reste du monde à travers l’exportation de sa masse monétaire.

Toute la relation en déséquilibre constant entre une ultra-puissance et des satellites occidentaux (UE et hors-UE) repose sur la conjonction de trois éléments structurants: le développement technologique, la cohérence de la politique menée par le binôme « Federal Reserve » – « Department of Treasury »  et le contrôle de la liquidité dollarisée mondiale.La question dans cette architecture de la cristallisation de la position BRICS et plus particulièrement de la synergie sino-russe en formation sera bien entendu évoquée de nouveau mais brièvement, le thème de l’article étant de dépasser les contours d’un monde bipolaire afin de mettre en évidence les forces en cours de destruction des mécanismes hérités de la révolution thermodynamique industrielle et de la reconstruction européenne de l’Après-Guerre.

Partant du constat que la croissance du Dow Jones (grandes entreprises) de 68% entre novembre 2010 et le 1er avril 2015 correspond au premier QE et à la politique de la FED de rachats à des taux quasi nuls des créances du système bancaire, nous pouvons induire une relation de causes à effets entre cette surliquidité et l’investissement en actifs mobiliers et immobiliers.

En aidant les banques américaines à apurer leurs bilans par la substitution d’actifs tangibles à des valeurs toxiques dites "hors bilan", la FED a participé à la flambée des marchés actions  mais aussi obligataires (obligations d’avant 2008) et immobiliers (« prime » commercial): les marges des investisseurs renouvelées ont en effet permis la création de bulles spéculatives dans tous les domaines.

Le refinancement par des taux quasi-nuls a eu le double résultat d’alléger le passif et d’améliorer le bénéfice des institutionnels. Inversement, comme nous l’avons déjà expliqué dans de précédents articles, l’octroi de prêts aux ménages devient peu attractif et oblige à l’instar de l’Euro-zone à prendre des garanties auprès de  l’emprunteur sous forme d’apports ou d’hypothèques. Dans le même temps, la collecte d’épargne tend à se ralentir ce qui ne peut qu’exacerber d’une part les difficultés de gestion de liquidités provenant de l’économie réelle et d’autre part la dépendance du système à la banque centrale. 

Nous pouvons formuler ce qui vient d’être dit d’une autre façon: les banques centrales ont faussé le marché en abaissant artificiellement les taux d’intérêts. Dans un système dit normal, que ce soit une banque ou une entreprise cotée, un besoin de financement détermine l’émission d’obligations à des taux attractifs et valorisés. Si une banque décide d’augmenter ses marges sur ses prêts aux entreprises et aux ménages, elle augmentera ses taux d’intérêts ce qui aura pour double conséquence de réduire les poussées inflationnistes et d’améliorer le rendement des placements proposés à ces mêmes ménages et entreprises. Nous serons passés dans cette perspective d’une phase de consommation à une phase d’épargne, d’une phase d’investisseurs à une phase de rentiers: les liquidités ne proviennent alors plus des banques centrales mais de la richesse produite par des échanges de produits et services contre une monnaie les reflétant.

Nous changeons de paradigme si la finance ne dérive plus de l’épargne générée par les plus-values de l’économie réelle mais dépend d’un refinancement par la banque centrale. Si, au lieu de relever leurs taux d’intérêts pour capter l’épargne, les agents obtiennent des liquidités par la mise en garantie de tout type de créances, bonnes ou mauvaises, à long terme ou à court terme, dérivés ou non, le bénéfice généré se retrouvera totalement décorrélé de la tangibilité d’une production marchande.

Par l’introduction de milliards de liquidités dans un système qui aurait dû s’apurer par lui-même, la FED s’est ainsi mêlée de politique et a nié de ce fait la raison d’être des taux: la  mesure du risque. Mais au-delà du calcul politique de Washington, la question demeure d’en connaître les objectifs, de déterminer en quoi ces refinancements massifs s’inscrivent dans une stratégie plus large de redéfinition de la domination américaine sur le monde.

Dès 2008, la FED (aujourd’hui suivie par la BCE, la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon - et contrairement aux banques des BRICS) a entériné la rupture entre le monde réelle et la sphère financière, cette dernière relevant d’une toute autre architecture. Tous les prêts se font interbancaires ou par filiales/fonds interposés, chaque établissement assuré de voir ses risques annulés par une banques centrale qui les couvrent.

Les stratégies ne reposent plus sur les intérêts (coupons) élevés mais sur des dividendes, des plus-values sur titres et des loyers dont les seuils de retour ont explosé. Toute la finance se rue dorénavant sur les entreprises cotées dans une recherche effrénée de rendements faute de pouvoir s’orienter sur les produits de taux (les obligations): les indices boursiers attestent de cette réorientation des flux et ne font que peser sur les résultats commerciaux quant à eux bien réels.

Dans une économie financière totalement dérégulée, l’anticipation de bénéfices induit une appréciation (ou non) des portefeuilles des sociétés de gestion. Tout le « business plan » des grandes entreprises mais aussi des PME cotées dérive d’une valorisation de leurs actions, à défaut elles risquent de perdre leur financement. Si les entreprises se doivent de développer leurs marges sur le moyen et long terme (ce qui relève d’une vision saine de développement du produit et de la marque), l’anticipation à court-terme tend à devenir l’horizon indépassable pour la plupart. Perspective éminemment problématique, la recherche de profits au-delà de tout productivité induit une réduction des coûts fixes (salaires, main d’œuvre, externalisation de services) et variables (stocks). Par l’influence directe des banques centrales et des dirigeants politiques qui les gouvernent, la valeur d’une entreprise ne repose plus que sur le « zéro stock » et l’ajustement constant de la masse salariale basée sur une main d’œuvre ponctuelle, le plus souvent en contrat à durée déterminée ou en intérim voire travaillant dans des zones hors frontières à bas coûts sociaux.

Les USA vivent une situation de marchés déflationnistes se réduisant, s’anémiant avec un taux mensuel négatif de - 0,09% en janvier 2015, -0,03% en février 2015 et -0,07% en mars 2015 soit -0,1% sur 12 mois (mars 2014-mars 2015) !  

Au-delà du tarissement des crédits aux ménages par des moyens indirects (garanties supplémentaires, hypothèques réduites dues à la dépréciation des biens immobiliers après 2008), la précarisation reste un phénomène non assumée travestie par un taux de chômage trompeur de 5,5% en février 2015 et d’une baisse flatteuse de près de 44% depuis mars 2010.

Prenons les statistiques du BLS (Bureau of Labour Statistics): sur une population active de plus de 148M de personnes, 7 400 000 personnes sont officiellement en demande d’emplois. Si cependant nous comptabilisons les personnes travaillant une partie de l’année (entre 5 semaines à 27 semaines par an), celles travaillant par contrainte économique hebdomadairement à temps partiel, celles non comptabilisées dans la population active et enfin les demandeurs découragés ayant renoncé à toute recherche, nous en sommes à 119 072 000 individus, chiffre à mon avis minoré et auquel nous pouvons ajouter les personnes travaillant à temps partiel moins de 35 heures par semaine (le temps plein aux USA est de 40 heures), nous obtenons le résultat hallucinant de 146 618 000 de personnes soit 98,87% de la population active !!!!

Précarisation et ultra-financiarisation de l’économie réelle ne sont cependant qu’un aspect de ce paradigme, l’injection massive par le Trésor de liquidités dans le système militaro-industriel en est un autre.   

Le Trésor émettant des bons (T-bond, T-Bill, T-Note) à des taux quasi-nuls a permis au marché de croitre son PIB de 20,57% entre le premier trimestre 2010 et le quatrième trimestre 2014 contenant ainsi le déficit de la balance commerciale. Tant les exportations de services financiers (Wall Street) que les exportations de biens et services ont cru respectivement de 28% de novembre 2011 à février 2015 et de 20% entre décembre 2010 et octobre 2014, les seuls secteurs en fléchissement étant les exportations de gaz naturels avec une baisse de plus de 9% en volume entre février 2014 et décembre 2014 (industrie du schiste notamment).

Investissements massifs, croissance du PIB et exportations ne sont en aucun cas contradictoire avec la déflation; le marché intérieur n’est en effet plus appréhendé comme une source de profit pour les entreprises définissant leurs stratégies à une échelle globalisée.

On ne cherche plus à se développer sur une zone particulière définie par une géographie ou des frontières mais à ouvrir pour chaque produit une perspective mondiale. Les stratégies Apple ou Google sont devenues des références et la baisse de la consommation par la précarisation peut aisément se compenser par un accroissement de la production sur d’autres zones ce qui suppose aussi une grande fluidité entre les dites zones (et nous voyons ici l’importance des accords TAFTA et TransPacific Partnership ou TPP) dans la suppression de toutes barrières douanières directes et indirectes (secteurs publics protégés), l’objectif à peine voilé étant la création d’immenses poches de consommation captives pour les produits américains.

Quant au Department of Treasury, il est important de comprendre que la politique de la FED n’a pu se décider qu’à un échelon politique. Les Quantitative Easing’s de la FED relève d’une demande massive de fonds du complexe militaro-industriel à travers le Pentagone et ses cocontractants, cette injection irriguant toute une filière de sous-traitance et d’incubateurs en étroite relation avec les états-majors des multinationales du S&P 500 à travers le monde.

La FED et le Trésor sont passés à une échelle supérieure depuis 2008. Nous avons parlé des accords transnationaux avec l’UE et la zone pacifique, c’est aussi toute une gestion de la crise qui s’est développée à des degrés d’intensités encore inédits. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, les tensions avec la Russie sans parler de l’hubris au cœur même de zones développées comme l’UE ou l’Amérique Latine ne répondent en réalité qu’à la gestion d’objectifs commerciaux et de conquêtes économiques.

Si nous regardons les crises en cours, elles sont de deux types:

-Guerres déclarées ou larvées: Ukraine, Moyen-Orient (Etat Islamique, Talibans), Afrique Subsaharienne et Maghrebine (Lybie);

-Tensions sociaux-économiques engendrés par l’introduction du modèle (politique, culturel, social et économique) américain dans des ensembles humains aux évolutions propres: Union Européenne, Russie, Chine, Amérique Latine, Inde, Maghreb (Tunisie, Egypte)

- et correspondent en définitive à la mise en application du programme GRIN: Genetics (biotechnologie et sciences médicales), Robotics (divertissement, biotechnologie/médical, spatial), Information processing (divertissement, biotechnologie) and Nano-technology (biotechnologie/médical, alimentation, spatial, matières premières).

La globalisation des marchés US ne peut se faire que de deux façons: soit diplomatiquement par la négociation de zones captives gigantesques (UE, TAFTA et TPP) soit par des changements de régimes: Russie (5ème colonne atlantiste au sein du Kremlin, mouvements fascistes/néonazis, islamisme EI et Talibans), Chine (5ème colonne atlantiste dans les instances du pouvoir centrale, islamisme Ouïghour), Révolutions arabes dans tout le Maghreb (Lybie, Tunisie, Egypte), désorganisation et réorganisation des pouvoirs en Afrique subsaharienne (en clair affaiblir l’influence de la France sur tout l’Ouest et le Centre-Ouest), crises économiques et monétaires en Amérique Latine avec la présence de 5ème colonnes puissantes pro-américaines au Brésil, en Argentine et au Venezuela, Inde (tout le problème des conflits interreligieux notamment dans le Jammu-et-Cachemire).

Si nous nous résumons, nous avons les points suivants:

Paradigme dès 2008 d’une économie financière mise en place par la FED (et suivie par les autres banques centrales des économies dites développées);

 - Réorientation des places boursières sur les marchés actions;

-Financiarisation des stratégies commerciales des entreprises cotées et pondération des objectifs commerciaux à court terme;

-Variable d’ajustement des coûts salariaux : précarisation, externalisation des services, non-revalorisation des salaires;

-Conséquences : désinflation/déflation et globalisation des marchés US;

-Investissements massifs via bons du Trésor dans le programme de type GRIN et gestion des crises internationales dans le but d’une homogénéisation des zones répondant aux allocations GRIN.
     
Ce qu’il ressort de ces différents points est de savoir comment un tel système peut tenir, comment peut-il être pérenne sachant que ses mécanismes apparaissent clairement artificiels. J’utilise à dessein le mot d’artifice afin de montrer que les mécanismes d’offres et demandes restent contrariés, le but n’étant plus le développement de la consommation mais l’augmentation en soi des marges bénéficiaires. Comment dès lors envisager un marché en le  détachant de ses principaux agents ou plutôt comment envisager des marges croissantes  tout en diminuant la consommation?

Si les principaux indicateurs PIB, exportations, importations ont tous crû, c’est essentiellement le résultat de la compression du marché de l’emploi et cette tendance reste globale au sein de l’OCDE, le ralentissement du commerce mondial en est un indice.

Soit le Système poursuit dans cette voie et devra s’abstraire d’un marché de l’emploi en s’axant sur l’économie financière ce qui ne peut déboucher que sur des effets sociaux désastreux ou précipiter le monde dans un chaos organisé de manière à réorienter les marchés sur de nouvelles sources de profits par l’élimination physique des concurrents non américains.

Il est très difficile de faire des anticipations mais ce qui est sûr est que la tendance à la contraction de l’emploi est globale et les seules bénéficiaires en sont les détenteurs du capital et le complexe militaro-industriel US: la prise de conscience de cette puissance se reflète dans l’asservissement des politiques européennes dont la France et la Grande-Bretagne sont de tristes exemples. Inversement des Etats comme la Russie ou la Chine tentent de proposer un modèle différent, moins financiarisé et globalisé mais en l’état rien ne peut empêcher cette entropie d’aller à son terme.


Sources:


lundi 30 mars 2015

Bourse: vers un krach obligataire?


Qu'est-ce qu'un taux d’intérêt? ni plus ni moins que la traduction d’une demande de financement contre un prix convenu entre un prêteur d’une somme d’argent et un emprunteur, le premier pouvant être une banque (voire une institution financière non bancaire), une entreprise ou plus rarement un ménage. 

En dehors du contrat de prêt proprement dit, l’emprunt peut prendre la forme d’une obligation émise par l’emprunteur et cessible autant de fois qu’il en sera nécessaire par son détenteur. Elle est, avec l’action, ce qui définit primordialement notre modernité économique, les procédures de titrisation n’en étant que des succédanés.

Quand la demande est forte, les taux d’intérêt augmentent faisant baisser la valeur des obligations déjà émises à des taux plus bas. Inversement, quand la demande est faible ou l’offre trop abondante, les taux se relâchent et la valeur des obligations préalablement sur le marché remonte.

Dans une économie en croissance, une demande forte induit un besoin de financement en investissements: à l’instar du fait inflationniste en règle générale, des taux élevés sont le signe d’une bonne santé économique et d’une dynamique vertueuse des mécanismes de marché, l’appétit pour l’épargne financière ou immobilière en est un des signes. Cette dernière sert à nourrir aussi bien les investissements que la consommation jusqu’à la limite d'un prix maximum atteint. Les taux fléchissent alors, les agents cherchent à éviter des surcoûts et à maintenir leur productivité; accessoirement, le marché pare aux bulles spéculatives. 

Tout ceci bien entendu décrit un fonctionnement sain dans un cadre de régulation mesurée, les revenus étant appréhendés comme un facteur de croissance par les acteurs économiques (principalement les ménages).

Depuis 2009, la facilitation monétaire dite « Quantitative Easing », tant aux USA par la FED que dans l’Euro-zone par la BCE (dans un style plus feutré) ont contribué à l’augmentation de l’offre de liquidité disponible et baissé au quasi-nul les taux d’intérêts et ce, malgré une inflation soutenue jusqu’en 2012.

Alors qu’il aurait fallu une hausse des taux pour drainer les revenus d’activité et les bénéfices des entreprises vers l’épargne et contribuer de facto à faire face à la crise de liquidité des banques (une des conséquences des sub-primes), les banques centrales ont fait l’exact contraire, sur l’insistance des banques « Too Big To Fail » privées mais aussi de de Washington et Bruxelles !

Les taux faibles ont non seulement découragé l’épargne (l’assurance-vie en France par exemple) mais aussi l’investissement. Les entreprises cotées peinent à retrouver des prêteurs en attente d’une remontée des taux (la fameuse trappe à liquidités): après avoir été en stagflation, nous nous immergeons à pas comptés dans les remous de la déflation, effet direct de la baisse des coûts unitaires salariaux réels et du maintien des marges bénéficiaires.

Plus grave encore, les taux nuls ont engendré un biais dans la perception même du risque. Contredisant les signes les plus élémentaires d’une bonne santé économique (taux élevés pour une demande de fonds supérieure à l’offre), le refinancement facilité par les banques centrales déforme les arbitrages et distord les allocations d’actifs. En donnant une fausse image de marchés sécurisés, des bulles spéculatives se sont créées dans les marchés actions, obligations et immobilier.

Une précision cependant: la déflation dans l’Euro-zone n’est pas la conséquence de la baisse du prix de l’énergie. Le fléchissement avait commencé avant l’effondrement des cours; les prix auraient dû repartir à la hausse avec un indice Brent faible impactant le coût de production des autres produits, tel n'est pas le cas!

Que constatons-nous? Le Brent a augmenté de 10,75% au mois de février ralentissant par un effet mécanique une baisse de prix sur 12 mois de -0,3%; ces prix correspondent à des indices sectoriels quasi nuls voire négatifs (commerce de détail, alimentation, santé, vêtements, transports, immobilier, appareils de communications). La France suit cette tendance avec en février une inflation de 0,2% soit -33% en un mois dont notamment un indice des produits manufacturiers en net recul de -0,68%.

L’inflation désormais négative aux USA affiche un taux de -0,09 % en janvier 2015 confirmé en février à -0,03%. Un recul de l’investissement (et notamment des machines-outils) entraînera inexorablement un allègement de charges (dont celle de la main d’œuvre) affaissant la demande de consommation et les bénéfices des entreprises avec la conséquence alternative soit de faire remonter les taux soit de réinjecter des liquidités et de faire imploser le système par des bulles spéculatives.

Lorsqu’une entreprise enregistre une baisse de son bénéfice après impôts, les taux qui lui sont proposés sont élevés, le risque pour le préteur étant réel: quand toutes les obligations précédemment émises dans l’Euro-zone à des taux proches du zéro ne vaudront plus rien, les cours chuteront et feront exploser les dettes publiques, des défauts supplémentaires s’en suivront inexorablement.

Ce qu’il faut bien comprendre ici est la motivation première des marchés financiers: la recherche d’un taux annuel rémunérateur! Il n’y a aucune raison en effet d’investir pour un taux ne rapportant rien, la quête d’une proie telle qu’un Etat ou une entreprise reste de mise, le krach étant consubstantiel aux mécanismes hétérodoxes mis en place par les banques centrales et les Etats les gouvernant.

Si nous analysons les indices Standard & Poor’s (S&P), « l’International Corporate Bond » (obligations des entreprises hors USA) sur 10 ans ne s’est aucunement valorisé en trois ans alors que les obligations souveraines dans l’Euro-zone se sont valorisées de 38,50% ce qui en clair n'est ni plus ni moins qu'un effondrement des taux! Plus précisément l’indice S&P des obligations sur 10 ans de 2009 à 2015 donne un rendement annuel de 4,53% mais un rendement à maturité de seulement 1,22% (valeur de l’obligation conjuguée à son taux annuel et à sa durée) pour une valorisation de plus de 79% depuis 2009. Le constat est identique pour les maturités de 7-10 ans (rendement au  terme de 0,63%!) et de 5-7 ans (0,37%). Significativement les taux du Trésor français sur 10 ans sont de 0,43% pour une moyenne de 1,43% dans l’Euro-zone.   

Lorsque nous prenons acte d’un retrait de chez PIMCO (premier fond obligataire mondial) de 27,5 Mds USD en octobre 2014 (après une décollecte de plus de 65 Mds USD depuis mai 2013) assorti de la démission de son associé fondateur Bill Gross, nous avons l’obligation de nous poser des questions sur la viabilité d’un système générant 14 495 Mds USD d’obligations uniquement sur le marché américain dont 6664 Mds USD d’obligations souveraines et 6 215 Mds USD d’obligations émises par des institutions financières.

Une sortie de l’Euro-zone de la Grèce peut provoquer un krach obligataire mais il est aussi certain qu’une poursuite de la déflation au-delà de tous les QEs de la BCE n’en sera pas moins un facteur déclencheur: comment en effet appréhender un taux d’emprunt du Trésor français de 0% émis à la date du 13 mars 2015 autrement que par la prise de conscience d’un terrible aveu d’impuissance et de résignation des gouvernements en place ?

mardi 17 mars 2015

Grèce : Grexit or not Grexit ?


Le 20 février 2015 la réunion de l’Euro-groupe avec le gouvernement grec d’Alexis Tsipras a validé les propositions du parti Syriza, plan ayant pour objectif en quatre mois de trouver une plus grande flexibilité dans la mise en œuvre de mesures visant au remboursement/réduction de la dette, flexibilité principalement obtenue sur le budget primaire (excédent moins déficit public hors paiement annuel de la dette). Excepté le fait que le gouvernement Samaras avait l’intention de soumettre un plan équivalent à Bruxelles, ces quatre mois se solderont, sauf renouvellement, soit par une renégociation du terme de la dette et son rééchelonnement soit par un défaut et son annulation pure et simple.

Nous sommes en effet dès le départ dans le trucage des comptes. En 2013 le déficit public était de 12,2% du PIB pour se réduire en 2014 à 2,5% du PIB!, tour de passe-passe accompli par le gouvernement en délestant du budget les charges des institutions financières, en clair les intérêts et le capital de la dette.

Quelques chiffres méritent à ce point d’être rappelés: le PIB en 2014 était de 192 Mds€ (après avoir baissé de plus de 20% depuis 2008) pour une dette de 176% de ce même PIB (337Mds€) autrement dit une augmentation de 73% en 10 ans contre des recettes fiscales légèrement positives de 18% et d’une réduction des dépenses publiques de 13% sur la même période.

Admettons donc qu’il y ait eu un excédent public de 0,8% du PIB (1,5Mds€) en 2013 et 2014, excédent  correspondant à une balance commerciale (biens et services) positive de 3,12Mds USD en 2014 (après toutefois une baisse drastique des importations, la balance des paiements étant négative de - 2% - source OCDE), il reste qu’il faille toujours rembourser aux créanciers près de 25Mds€ par an.

Pour être plus précis, en contenant un déficit public à 4,5% du PIB (8,64Mds€), il faudrait à peu près 40 ans à la Grèce pour rembourser intégralement la dette ce qui reste bien entendu une hypothèse d’école ;   quand bien même le gouvernent réussirait à la réduire à 60% du PIB (115Mds€), il resterait encore 222 Mds€ à rembourser soit plus de 25 ans de paiement en consacrant l’intégralité du déficit à cette charge procédant d’une rigueur budgétaire qu’aucun Etat de l’Euro-zone n’est capable de suivre. 

Pour qu’il y ait une reprise, il faut une augmentation des revenus du travail et une baisse in fine du chômage. Or comment en serait-il possible avec un taux de chômage de 26,6% en 2014 et une baisse depuis 2009 de 14,29% des coûts salariaux unitaires réels?

Pour rappel, le coût salarial unitaire réel est le rapport entre les salaires réels (salaires moins l’indexation de ceux-ci sur les prix) et la productivité. Le fléchissement de ce ratio signifie simplement que les salaires ont baissé drastiquement dans le seul but de maintenir des gains de productivité constants, gains qui se sont par ailleurs réduits par rapport à des Etats comme l’Allemagne (écart avec ce dernier de 30% entre 2009 et 2011), autrement dit la Grèce a suivi une tendance globale dans l’Euro-zone de baisse du salaire réel reflétée par plus de quarante ans de déflation salariale dans l’OCDE...

Un des moyens déclencheurs d’une rehausse du salaire réel serait bien évidemment une relance claire et franche du commerce extérieur grec par un retour à la drachme, la monnaie européenne étant actuellement surévaluée de 16% (malgré sa baisse récente!) d’autant plus que la Grèce est tournée à 65%-70% vers le commerce intra-zone et suppose aussi les sorties conjointes des autres Etats-membres. Quoiqu’il en soit, même une sortie individuelle serait un accélérateur (1€ est égal à 340 drachmes pour mémoire!) d’une économie  dont la demande de consommation est actuellement en déflation de -2,60% en 2014 après une baisse continue depuis 2010 de plus de 50%. Tant l’investissement que l’épargne (les deux en chute libre de respectivement 59% entre 2007-2013 et 68% entre 2003 et 2011) en seraient relancés.  

A l’instar de la France, la procédure pour sortir de l’Euro-zone suivrait le timing suivant induisant des délais de 48 heures à une semaine maximum:

- Contrôle des capitaux;

- Rachat des dettes publiques sur les marchés par la banque centrale grecque;

- Mise sous tutelle du système bancaire;

- Soutien des entreprises endettées en devise(s) étrangère(s);

- Mise en place d’un fonds souverain stratégique pour une relance des principaux secteurs de l’économie;

- Vente d’actifs étrangers et relance monétaire mesurée afin de soutenir les salaires directs et indirects.

Il est donc tout à fait possible de sortir de l’Euro au-delà même des débats autour du point de savoir si une sortie de l’Euro-zone implique ou non celle automatique de l’Union Européenne; nous en sommes cependant pas moins très loin de la position officielle de Syriza qui n’a, à aucun moment, parlé d’un éventuel « Grexit ». Créé il y a plus d’un an, Syriza n’est pas un parti uniforme et se compose de trois courants politiques dont le plus important est celui de la gauche modérée (ayant son équivalent français dans la gauche du PS, les « frondeurs » en quelque sorte), les deux autres se situant par une même analogie à ce qu’est devenu le PCF (parti de gouvernement du PS) et au Front de Gauche pour la partie la plus radicale.

Syriza affirme avoir le mandat du peuple pour négocier avec la Troïka sans quitter la zone euro ce qui nous semble déjà compromis poussant dès lors les plus radicaux à demander un retour à la drachme, solution en rupture avec la position d’Alexis Tsipras et de son ministre des finances Yanis Varoufakis. Si pour autant, une solution n’est toujours pas trouvé d’ici juin, de nouvelles élections et un référendum devront être organisés pour obtenir la légitimité populaire à une sortie et à la rupture diplomatique avec Bruxelles. A défaut d’un retour aux urnes, l’austérité sera remise de plus belle par la Troïka, Syriza implosant et laissant très probablement la place à des partis plus radicaux en l’occurrence les néo-nazis d’Aube Dorée. Si tel est le but, Bruxelles en portera la responsabilité indéniable.

Sources:



lundi 9 mars 2015

Le « Quantitative Easing » de la BCE : impact de l’annonce sur les marchés


A l’instar de la FED, la BCE se lance dans la « facilitation » monétaire (dit OMT ou « Outright Monetary Transactions »), l’objectif étant d’inonder de liquidités monétaires les marchés financiers dans l’espoir que ceux-ci puissent, par un effet de percolation, relancer l’économie réelle. C’est ce qu’a fait la FED depuis 2009 sans effet réel si ce n’est la création de bulles spéculatives et l’évitement pour les grandes banques d’une mort par asphyxie.

Comme nous l’avons vu dans les précédents articles, la déflation étant désormais au rendez-vous dans l’Euro-zone, la BCE a annoncé son intention d’acheter de la dette privée et souveraine et se substituer aux créanciers dans leurs relations avec des débiteurs à risque dont font partie les Etats de l’Euro-zone. Les maturités (durées) seront dès lors variables, l’intérêt pour le cédant (les banques sur le marché secondaire) étant d’en tirer immédiatement un prix en euros sonnants et trébuchants!   

Cette décision a été prise le 22/01/2015 suite à un avis favorable de l’avocat général près la CJCE en date du 14/01/2015 dans le cadre d’une question préjudicielle posée par le Tribunal Constitutionnel de Karlsruhe, avis positif mais soumis cependant à conditions.

La BCE envisage d’acheter par mois 60 Mds€ de dettes privées et publiques (avec des maturités pouvant aller jusqu’à 30 ans !) jusqu’en septembre 2016 voire même au-delà si nécessaire pour un total de 1140Mds€ le tout dans le respect du principe de proportionnalité.

Il s’agit ici d’une nouveauté depuis la création de la BCE: 80% des dettes rachetées le seront par les banques centrales nationales au sein du SEBC (Système Européen des Banques Centrales) et à proportion de la participation de chaque Etat-membre dans le capital de la BCE (de facto principalement l’Allemagne, la France et l’Italie), induisant le double effet d’une (re)nationalisation des dettes et l’amoindrissement du risque d’insolvabilité pour la BCE. Inversement cette proportionnalité est aussi une façon détournée de redonner aux banques centrales la main sur la création monétaire et là encore un moyen pour la BCE d’alléger son bilan et se déresponsabiliser.

Mais n’était-ce pas la même chose jusqu’ici?!, me diriez-vous à juste titre et je vous répondrais par la négative.

Outre des opérations de refinancement au jour le jour ou à la semaine dit MRO (Main Refinancing Operation) à des taux quasi-nuls, la BCE octroie en effet des prêts aux banques à court et moyen terme (jusqu’à 4 ans) de deux sortes: soit le LTRO (Longer-Term Refinancing Operations) pour un financement des banques contre une mise en garantie d’un avoir de même valeur, soit le TLTRO (Targeted Longer-term Refinancing Operations) pour un financement des banques à charge pour elles de réutiliser ce flux vers l’économie réelle (entreprises, ménages, etc). Ce financement se fait donc contre une garantie qui peut être n’importe quoi mais surtout une valeur de titrisation (Asset Back Securities, Collateralized Debt Obligations) autrement dit une créance représentant un agrégat de contrats bien réels (prêts auto, cartes de crédit, prêts immobiliers) dont le risque d’insolvabilité est plus ou moins élevé pour la banque. Nous retrouvons sur ce dernier point la raison d’être de ces refinancements: les LTROs ont été créés pour d’une part faire face à une carence en liquidité mais aussi pour se débarrasser de valeurs toxiques (le fameux hors-bilan).

Deux LTROs de 3 ans ont déjà été lancés en décembre 2011 et février 2012 pour un montant total d’approximativement 1000Mds€ et dont le résultat fut celui de l’ordre du nul économique sauf à avoir augmenté la masse monétaire (M3) de 400% entre 2010 et 2012 ! En ce début d’année, ils viennent donc de prendre fin, les remboursements induisant dans le jargon de la BCE une neutralisation de la masse monétaire, celle-ci ayant baissé de 75% de 2012 à fin 2014…. pour se regonfler d’octobre 2014 à ce jour de 300%: en prenant en compte les opérations de MRO et de LTRO (maturités de 3 mois à 4 ans), la BCE a en effet injecté sur les mois de janvier et février 322 Mds€ (voire 470Mds€ si j’inclue les MROs) et nous ne parlons pas encore des OMTs ni des TLTRO non encore lancés.

La BCE a déjà procédé à l’achat de dettes privées de 2010 à 2012 dans le cadre des Fonds Européens de Stabilité Financière et du Mécanisme Européen de Stabilité (avec l’aide du FMI) et compte procéder à l’achat de dettes publiques en prenant le contre-pied de la Cour de Karlsruhe mais l’aval de la Bundesbank; les milliards d’Euros prêtés aux banques par les LTROs n’auront donc servi tant les chiffres de croissance et d’inflation sont calamiteux sauf à avoir permis aux établissements bancaires d’apurer leurs comptes en extrayant les actifs douteux de leurs bilans vers la BCE, actifs qui in fine serviront de nouveau de collatéraux pour une inflation monétaire sans limite…

Dans cette perspective, le rachat d’une dette peut sembler plus sain: le créancier devient la banque centrale et la dette ne servira pas à lever des fonds indéfiniment; elle ouvre cependant une voie à la BCE tout à fait dangereuse: la création monétaire sans croissance et circonscrite territorialement à l’Euro-zone. Ce qui peut apparaître comme une bonne nouvelle pour les Etats et les entreprises a le potentiel d’obliger à une plus grande rigueur monétaire par un relèvement des taux d’intérêts et une austérité budgétaire encore accrue.

Nous avons vu dans les précédents articles que ces liquidités n’étaient pas destinées à l’économie réelle décalant de facto les sphères financière et économique. Les effets cumulés des politiques d’austérités et de la monnaie unique surévaluée (sauf pour l’Allemagne) commencent à se faire sentir: sur les 12 mois écoulés, nous avons un taux d’inflation dans l’Euro-zone de -0,6% pour le mois de janvier (-1,6% pour ce seul mois) et de -0,3% pour le mois de février, l’inflation étant calculée sur quatre groupes de produits (alimentaire, énergie, produits hors-énergie et services). Dans le même temps, l’Euro continue de baisser et en premier lieu contre l’US dollar.

Entre le 26/01/2015 et le 4/03/2015, l’Euro a perdu 1,19% soit au total une baisse de 20,29% depuis mai 2014.  Cette baisse devrait cependant ralentir mais se poursuivre, principalement par l’achat par les investisseurs de Livres Sterling, Yens, Francs Suisse et Couronnes Danoises et par la remontée du baril de plus de 14%. L’euro devrait pour autant se stabiliser par la vigueur du commerce extérieur allemand et la fin de l’attaque sur le rouble pour définitivement replonger si la déflation se confirme.

Un des signes principaux sera l’évolution à suivre des marchés actions européens (Stoxx 50 et 600), en pleine euphorie actuellement par l’injection de liquidités de la BCE - l’annonce ayant bien été perçue par les marchés - mais encourant le risque d’un éclatement de bulles si l’indice des prix confirme sa baisse dans les mois prochains.  

Sources: