lundi 2 mars 2015

Moyen-Orient: redéfinition des frontières, la Russie en ligne de mire

Si le Système OMC/FMI s’effondre, cet effondrement dépendra de la baisse de l’étalon monétaire mondial qu’est le Dollar. Cette chute ne peut prendre que deux formes: d’une part une déflation sur le marché intérieur américain et d’autre part le déclin de la demande mondiale de la devise US par les effets conjugués de la poursuite du ralentissement du commerce mondial (voir article prévisions 2015) et de la substitution progressive d’un nouveau système au sein des BRICS (la fameuse « dé-dollarisation »), substitution renforcée par le retour aux monnaies nationales en Europe. Il est désormais clair que l’Euro favorise par son cours élevé le Dollar et empêche, à l’exception de l’Allemagne, toute croissance du commerce extérieur des Etats-membres de l’Euro-zone.

Sous cet angle, les attaques contre la Russie comme l’accélération de l’intégration de l’UE sont des enjeux cruciaux pour les USA, la montée des tensions avec la Chine représentant une alerte à moyen terme, une fois la Russie et l’UE définitivement neutralisées.

Dans cette perspective d’affaiblissement de la puissance russe, une troisième phase s’ouvre, les deux premières ayant été l’affaire ukrainienne (dont sont issues les sanctions à l’encontre du système financier russe) et les spéculations sur le rouble et le cours du baril.

Ce troisième temps comprend une mise en œuvre en deux axes : le premier est la coupure des exportations russes de pétrole et de gaz vers l’Europe à travers - et c’est le second axe - la construction d’un pipe-line traversant une péninsule arabique redessinée dont la Syrie, l’Iran et la Turquie seront les grands perdants. Si en effet l’Iran et la Syrie, partenaires déclarés de la Russie, représentent des cibles aisément identifiées, la Turquie l’est beaucoup moins mais  son affaiblissement est la condition d’une redéfinition des frontières dont le principal vecteur  est l’Etat Islamique (EI).

Je m’attacherai ici en plusieurs points à la situation au Moyen Orient à partir notamment de l’article d’Observer et des cartes ci-dessous (voir liens en sources). 

1) L’acheminement du pétrole/gaz d’Arabie Saoudite

- Les oléoducs seraient le moyen le plus sûr pour le pétrole saoudien d’être acheminé vers l’Europe via la Syrie, l’Irak et la Turquie au contraire des supertankers, soumis aux aléas géopolitiques des détroits d’Ormuz et de Chatt-El-Arab.

- Tant le gaz naturel saoudien que qatari pourraient également emprunter cette même voie vers l’Europe. Ce constat est le point d’achoppement des projets Nabucco et South Stream.

Le gazoduc Nabucco est un projet américain, décidé en 2002, d’acheminement du gaz d’Azerbaïdjan (pays largement sous influence diplomatique US mais ayant renoué ces dernières années des relations fortes avec la Russie et l’Iran) vers l’Europe via la Géorgie, la Turquie et la Bulgarie. Ce gazoduc devait à terme se doubler en oléoduc pour le transport pétrolier en provenance d’Irak, d’Egypte et d’Iran.  

Il a été cependant abandonné par décision de l’Azerbaïdjan d’utiliser le gazoduc TANAP-TAP qui passera par la Turquie, la Grèce, l’Albanie et l’Italie pour d’une part, des raisons de coûts, et d’autre part de prix plus élevés pratiqués dans les pays traversés. Sa construction a été décidée en octobre 2014.

Concurremment, le gazoduc South Stream (projet russe de Gazprom avec des capitaux italiens, allemands et autrichiens) a été décidé en 2007 et confirmé en 2010 pour acheminer le gaz de Russie et du Kazakhstan par la Mer Noire (en dehors de la Turquie) vers l’Europe. Tout comme le Nabucco, il devait aussi se connecter à terme aux pétroles irakien, iranien et égyptien et tout comme ce dernier fut abandonné par décision de la Russie sur l’insistance de la Bulgarie, elle-même sur ordre de l’Union Européenne et des USA.

2) L’affaiblissement de la Turquie et la création du Kurdistan.

L’EI revendique un territoire aux contours indéfinis partant des foyers insurrectionnels syriens aux zones conquises dans l’espace kurde irakien, rassemblant politiquement l’aile dure du wahhabisme sunnite et économiquement axé sur l’exploitation du pétrole.

Si l’EI (plus exactement l’Etat Islamique en Irak et au Levant regroupant Al-Qaïda en Irak et le Front Al-Nosra, ex Al-Qaïda en Syrie) cherche visiblement à unifier les sunnites du Moyen-Orient dans un Califat en cours de création, le soutien de l’Arabie-Saoudite leur sera nécessaire pour le contrôle de Médine et de la Mecque ce qui soulève une fois de plus l’implication possible de l’Arabie dans la guerre en cours mais révèle aussi sur le plan géo-économique une certaine clarté sur la route des oléoducs à suivre jusqu’à l’Europe via Bakou (le TANAP-TAP pouvant y être relié par la même occasion !), Soupsa (Géorgie) et les ports de Constanta (Roumanie) et Burgas (Bulgarie) sur la Mer Noire.

Une telle vision n’a cependant que peu de chances de se réaliser tant la résistance des peshmergas kurdes est forte, motivée par l’opportunité d’unifier définitivement leur peuple dans un Etat redéfini sur les frontières irakiennes, iraniennes, syriennes et turques !

La stratégie américaine pourrait dans cette perspective tant soutenir la résistance kurde que l’EI et aider à finaliser le Kurdistan au dépens des Etats limitrophes affaiblissant simultanément les intérêts russes en Syrie et en Iran.

Nous avons vu depuis quelques mois maintenant une réticence de la Turquie à intervenir contre l’EI, autrement dit à prêter indirectement main-forte aux peshmergas. Cette réticence s’est non seulement convertie en soutien non-dit à l’EI mais à un rapprochement politique et économique avec son ennemi immémorial qu’est la Russie alors même que la Turquie abrite l’une des plus grande base de l’OTAN dans cette partie du monde !

3) Le nouvel Etat de l’EI

Le Kurdistan nouvellement créé impliquerait évidemment, en retour, la création définitive de l’EI afin de pacifier, s’il en était possible, le nouveau tracé du pétrole saoudien obligeant comme nous l’avons dit l’Arabie à concéder La Mecque et Médine au Califat et mutualiser entre les deux Etats des intérêts bien compris: la concession des lieux saints à l’EI contre la sécurisation de la nouvelle voie pétrolière notamment via le Kurdistan. Ce dernier cependant y trouvera son compte par la perception de taxes sur le passage du pipeline et par des liens renforcés avec le Pentagone/OTAN et l’OPEP.   

4) Partition définitive de l’Irak

La conséquence directe à l’établissement de ces deux Etats pourrait en être la création de deux autres ! Les sunnites irakiens revendiqueront avec l’appui de l’EI et par opposition aux kurdes une sécession de l’Irak actuel et par contrecoup, les chiites créeront le leur, soutenu par l’Iran dans ce processus.  

Erdogan sera à n’en pas douter le grand perdant de cette redistribution des cartes et il est aussi probable qu’un « regime change », « une révolution colorée » de type Maidan ait lieu en Turquie comme nous en avons vu quelques tentatives courant octobre/novembre 2014.

Si Erdogan disparaît, le projet Nabucco pourrait en effet être remis à l’ordre du jour, le passage à travers les plaines turques serait de nouveau sécurisé et relié aux oléoducs BTC et TANAP-TAP.

5) Guérillas EI dans le Caucase Nord et réactivation du conflit dans le Haut-Karabagh

L’affaiblissement de la Russie pourrait se poursuivre jusqu’au changement de régime et la démission/renversement de Poutine ce qui suppose outre la coupure des exportations russes vers l’UE et la disparition de ses alliés au Moyen-Orient, la poursuite de foyers insurrectionnels sur le sol même de la Russie. 

Des mercenaires de l’EI sont déjà à l’œuvre dans les régions du Caucase Nord et particulièrement dans le Daguestan. La reprise en main de la Tchétchénie par Kadirov, soutien fidèle de Poutine n’a fait que déplacer les activistes wahhabites dans le pourtour de cette république aux abords de la Mer Caspienne. De même le conflit du Haut-Karabagh, enclave arménienne au sein de l’Azerbaïdjan peut être facilement réactivé par des activistes islamiques (principalement Azéris) revendiquant un Azerbaïdjan unifié ce qui serait un casus-belli pour l’Arménie et la Russie.

6) Foyers talibans en Asie Centrale et dans la région de la  Volga

Nous le voyons, la partition de l’Irak aura inévitablement des conséquences sur la sphère afghane. Un Iran amoindri dans ses frontières réactivera le mouvement sunnite Joundallah iranien et ses connections avec son homologue baloutche en territoire pakistanais, les deux mouvements étant supposés avoir des liens étroits avec Al-Qaïda. 

Cette montée en puissance d’un sunnisme extrémiste dans cette région ne peut qu’encourager les mercenaires talibans à étendre leur influence vers l’Asie Centrale non seulement dans les Etats alliés de la Russie (Turkménistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizistan) mais au sein même de la Russie aux abords de la Volga (le Tatarstan musulman notamment), exacerbant in fine l’émulation des mouvements islamistes locaux.

Pour conclure, tout ceci reste un scénario possible et réalisable à court et moyen terme. L’important est d’en comprendre seulement la dynamique: la réussite pleine et entière de cette stratégie est secondaire, seuls importent son degré de nuisance et sa capacité à détériorer les  intérêts russes dans ces régions tout en maintenant le « State Building », l’emprise du dollar dans les négociations de marchés publiques renouvelés, les fournitures d’armements et de mercenaires et ultima verbum, le contrôle indirect des cartels dans le « Croissant d’Or ».






Sources :      



lundi 16 février 2015

Le voile se lève………….prévisions pour 2015 et après

Le mot « crise » est désormais omniprésent dans le discours tant économique que politique et médiatique. Il sert de paravent, de cache-misère à toute possibilité de construction d’une alternative, d’une critique pour la simple raison qu’il est asséné sans aucune justification si ce n’est celle de mise en œuvre de politiques sociales et économiques iniques. De quoi parle-t-on au juste quand la dénomination, le tag « crise » est employé sinon de l’évocation d’un contexte instable, indéfini, chaotique mais assurément invivable ? Comment en effet vit-on en mode « crisique » pour reprendre l’adjectif de Philippe Grasset, comment définit-on des modes de vies dans un espace désorganisé, entropique mais surtout comment comprendre que la crise n’est assurément pas pour tout le monde, que les écarts entre les revenus se sont agrandis, que le chômage et la précarisation bien présents n’empêchent en rien le développement de patrimoines conséquents, de réseaux influents et de revenus gigantesques aux sources multiples  au sein d’une même entreprise?

L’objet de cet article est de remettre à plat le contexte socio-économique mondial.Il m’importe ici de mettre également fin aux mensonges des dirigeants (politiques, entreprises) et de montrer l’inanité des politiques en cours pour pouvoir ultimement envisager une alternative à l’injustice économique et sociale.  
Qu’on en juge par les chiffres du PIB, concept statistique décrié mais révélateur au minimum de ce qu’un pays génère de revenus, de ce qu’il crée de richesses annuellement. Si nous devons parler de crise, observons comment le PIB entre 2010 et 2013 dans la zone OCDE a été mu par celui des Etats-Unis de +12,05% (source Banque Mondiale) alors que dans le même temps celui de l’Euro-zone a stagné à 0,495% (source Eurostat), ceux de la Chine et de la Russie se sont envolés de respectivement 55,79% et 37,53% (Banque Mondiale)!, ces quelques chiffres soulignant que le monde global est une réalité et la zone BRICS le véritable relais de croissance actuelle des économies de l’OCDE.

Si nous regardons l’évolution en montant du commerce dans l’OCDE, la balance commerciale des biens et services apparaît certes déficitaire depuis 2007 mais si nous analysons le montant des exports et importations de biens (les services ne représentant qu’une part infime de ceux-ci), les premières ont cru de 21,16% et les secondes de 15% entre 2007 et 2014 ce qui veut surtout dire que même des importations en augmentation sont des rentrées importantes de devises dans la zone non-OCDE et une source potentielle de profits pour les exportations de l’OCDE vers cette zone. La zone hors OCDE étant en effet exportatrice nette, si nous regardons les montants imports et exports depuis 2007, ils sont respectivement en hausse de 34,48% et 25,30%. Le commerce mondial a donc in fine augmenté de 16,24% depuis 2007 soit 2,70%/an !

D’ailleurs l’évolution du PER souligne cette croissance. Pour mémoire, le Price Earning Ratio est le rapport de capitalisation boursière sur le bénéfice de l’entreprise autrement dit lorsque la valeur cotée des actions de celle-ci est beaucoup plus forte que le bénéfice enregistrée, l’entreprise fait l’objet d’une spéculation sans rapport avec ce qu’elle retire comme profit. De février 2009 à janvier 2015, le PER (sur le S&P 500) a augmenté de 89,58% passant de 14,12 (soit un bon ratio correspondant à la corrélation entre la valeur de l’action et la marche de l’entreprise) à 26,77 en ce début d’année dénotant tant de futurs profits que de bulles spéculatives laissant croire à une confiance plutôt forte des opérateurs dans le système financier ce qui cependant peut être contredit par ce qui suit.

Le PIB comme la capitalisation boursière ou les balances commerciales mesurent la création de richesse ou plus précisément la source de profit qui dépend toujours directement du prix et des marges mais ne sont pas des révélateurs de l’activité proprement dite à savoir le nombre de ventes et la fréquence de celles-ci. Par exemple deux ventes peuvent rapporter plus que dix ventes mais ces dix ventes ne sont-elles pas le signe du développement d’une production ? S’il y a dix ventes, il y a donc dix biens ou services et par extension autant de travail pour les produits alors que si il y a seulement deux ventes, l’activité reste faible et indirectement ne créera pas d’effets de démultiplication, de synergies dans les moyens de productions, d’efforts d’investissements pour rationaliser la fabrication en vue de mieux produire. Il importe donc de connaître plus précisément comment l’activité mondiale se développe et là nous avons un tableau tout à fait différent de ce que nous venons de dire.

Le BDI ou Baltic Dry Index est l’indice mesurant le coût du trafic en vrac de matières sèches à travers vingt-six espaces maritimes et par extension le degré de l’activité mondiale en fonction de la quantité de produits intermédiaires nécessaires à la fabrication de l’objet vendu.

Le BDI enregistre une baisse record de -62,02% entre novembre 2014 et le 12 février 2015. Si nous prenons une période plus longue du 20 janvier 2014 au 12 février 2015, la baisse reste tout aussi conséquente avec -59,61%. En remontant dans le temps, nous enregistrons de même une baisse de -68,17% entre novembre 2013 et juillet 2014 !

L’indice apparaît cependant volatil et enregistre de brusques changements comme ceux de juillet 2014 passant de 732 à 1456 points en novembre 2014 soit une hausse de 98,90% laquelle nous incite à apprécier le BDI a posteriori sur plus d’une décennie entre 2000 et 2014.

L’évolution des échanges mondiaux suit clairement l’évolution des échanges boursiers avec une première cassure entre 2000 et 2002 et l’éclatement de la bulle internet puis une seconde, brutale, avec les subprimes du début 2008 à la fin de cette même année. Ce qui interpelle immédiatement sont que les clashs boursiers ont une incidence immédiate sur les échanges de marchandises et sous cet angle il y a bien un avant et un après 2008.

En effet de 2000 à 2008, les échanges sont en constante hausse passant de 1300 points à 11000 points. Passée la crise, l’indice repart vers le haut en deux ans pour atteindre 4600 points en 2010. A compter de cette date, il ne fera que baisser jusqu’à 2015, le rebond de 2010 ayant été comme "plafonné". Il en ressort une baisse molle mais constante de l’activité mondiale désormais déconnectée de tout aléa financier. 

Pour être plus précis, le choc financier influe sur l’activité à la baisse mais la hausse boursière semble déconnectée du BDI à savoir de toute demande en produits courants alimentaires et industriels. Inversement, l’argument qu’il y aurait une surcapacité en navires ne justifie pas en lui-même la tendance baissière: une augmentation des capacités prouve au contraire une demande qui n’est effectivement plus là et un ralentissement qui je le conçois se doit d’être corroboré par d’autres indicateurs.

Les FFAs (Forward Freight Agreement) sont des contrats SWAPS permettant de convenir d’un prix de transport en se couvrant de la volatilité de ce dernier: le paiement est effectué alors qu’aucune livraison n’a lieu mais permet de se prémunir contre toute hausse en vue du financement du transport qui lui sera bien réel.

Les FFAs sont construits sur des cargos de vrac sec et des tankers, eux-mêmes de quatre tailles : Capesize, Panamax, Supramax et Handysize. Si les FFAs augmentent dans leurs volumes, c’est qu’il y a une attente par les opérateurs d’une augmentation du coût du fret et donc de l’activité.  Ces quatres indices ont enregistré des baisses spectaculaires de -70,67% de 2009 à aujourd’hui pour le Handysize à -95,62% de 2010 à 2015 pour le Capesize !

Cette approche peut encore s’élargir en nous référant au taux d’occupation des conteneurs via l’index HARPEX. On retrouve une nouvelle fois une courbe baissière avec toutefois un fléchissement plus lent, moins accidenté de -48,7% de 2010 à aujourd’hui.

Si nous ouvrons notre champ d’analyse à l’ensemble des services et produits échangés (finis, semi-finis et matières premières) par voies maritimes, aériennes et terrestres, seuls les effets de commerce (« commercial papers ») nous donnent une indication des sommes d’argent versés contre livraisons de biens ou exécutions de prestations (je mets évidemment  à part la titrisation qui n’est qu’un levier de financement déconnecté des échanges). Une fois de plus, nous retrouvons une baisse de -40% depuis le 31/12/2008. Si on se réfère à l’activité depuis août 2007, la baisse est de -54,80% après avoir été en progression constante.

Au final BDI, FFAs, Harpex et « Commercial Papers » contredisent l’image renvoyée par les balances commerciales et les PIBs et tendent à montrer du moins à ce stade de l’analyse le déclin de l’activité mondiale depuis près de cinq ans.

La démonstration pourra se révéler juste si nous arrivons à établir un lien entre cette baisse et les évolutions d’une part du cours du pétrole brut et d’autre part des monnaies à travers les prix et l’inflation. Seuls en effet les prix du brut et des produits de base à l’activité humaine peuvent nous aider à différencier l’enjeu de stratégies spéculatives et de prédations de ce qui anime chacun de nous dans sa vie quotidienne à travers ses déplacements, ses achats, son mode de vie. Je me référerai principalement à la zone OCDE sous cet angle.

En décembre 2008, le cours Brent est tombé à 35 USD/le baril avant de remonter en juin 2014 autour de 100 USD, autrement dit stabilisation autour de ce cours pendant plus de cinq avant rechute. Ce cours à 100 USD avait été déjà atteint avant 2008 culminant à plus de 130 USD traduisant un mouvement spéculatif au-delà des 100USD. Notons que, l’ajustement vers ce pivot a démarré à l’orée de la révolution du e-commerce courant 1999 à partir d’un cours autour de 10-11 USD, valeur correspondant à la période d’avant la Chute du Mur de 1986 à 1999 et la transition vers un monde encore dominé par un commerce intra OCDE. Antérieurement la période 1979-1985 correspondant à la crise iranienne (deuxième choc pétrolier) autour de 40USD et celle de 1970-1979 avec le premier choc pétrolier aux environs des 10-15USD nous montrent un monde simplement en devenir maintenu rigide par deux idéologies antagonistes.  

L’inflation ce sont les prix et la demande de monnaie ; elle est la traduction d’une demande de consommation et d’investissement et permet de déduire la santé ou non d’une économie. L’inflation dépend tant du commerce international et de la force exportatrice d’un pays ou d’une zone (cours croisés des monnaies sur le marché des changes) que du marché intérieur et du pouvoir d’achat des principaux agents (ménages, entreprises), les banques par le taux d’intérêt devant jouer un rôle de régulateur selon la variation des prix.

Comme nous l’avons indiqué, l’évolution des PIBs (particulièrement pour les Etats-Unis) reste à tempérer au regard du taux d’inflation de 0,75% (0,4% pour l’Eurozone fin 2014), courbe en fléchissement constant laquelle souligne un ralentissement clair des marchés intérieurs pour ces deux zones posant de nouveau le problème structurel de la contraction des coûts (baisse des revenus du travail et chômage de masse). A la différence des USA, l’Euro-zone a vu son PIB stagner à 0,495% en trois ans soit une stagflation perçue à juste titre par les marchés financiers comme négative; conséquence de quoi l’Euro s’est vu dès mai 2014 se déprécier de -16,23% en février 2015 par rapport au Dollar.

Alors que la balance commerciale de l’Euro-zone  a cru de 16,76% entre 2013 et 2014 contre un déficit commercial américain creusé sur la même période de 6,83% (!), le taux d’inflation comme ultime critère de santé d’une économie l’emporte, ce taux étant désormais négatif dans la zone Euro avec -1,6% sur le mois de janvier 2015 (moyenne de -0,6% sur 12 mois). J'entends par là que la variation des monnaies reflète non seulement des balances commerciales mais également une réalité plus profonde des échanges au-delà de tout contexte spéculatif, spéculation qui se caractérise par des mouvements brutaux, des changements soudains ce qui n’est pas le cas de l’Euro en l’occurrence.

Une monnaie dépréciée est certes le révélateur d’une stagnation mais peut aussi être utilisée comme facteur de relance reposant le problème structurel de la monnaie unique pour des pays aux économies disparates.

Une dépréciation d’au moins 30% en France serait-elle nécessaire à toute relance, la BCE est in fine confrontée à l’alternative suivante: soit augmenter la masse monétaire par un refinancement facilité des créances privées et publiques, soit démanteler la zone et procéder à un retour aux monnaies nationales, ce dernier point étant tenu hors de propos par les instances dirigeantes de l’UE.

Rappelons en effet que le programme LTRO - plus de 1000 Mds€ de rachats de dettes privées - n’a eu aucune incidence sur la valeur de l’Euro. Cette décision de Mario Draghi d’élargir ce programme aux dettes publiques à partir de mars 2015 à raison de 60Mds€/mois n’aura évidemment aucun effet ni sur le PIB intra-zone (pour la simple raison que le commerce de la majorité des Etats Membres se fait dans l’espace Euro et non avec la zone Dollar) ni sur la balance commerciale de la France.

Inversement un Euro minoré va aussi à l’encontre des intérêts de l’économie allemande, la parité 1€ pour 1,39/1,40 USD étant parfaitement adaptée aux entreprises d’Outre-Rhin. Un Euro autour de 1,13 USD influe donc sur les marges et obligera à une augmentation de la balance commerciale de l’Euro-zone ce qui est peut-être en vue par les autorités de Francfort et de Bruxelles.

Les « Quantitative Easings » (QEs) de la FED, outre qu’ils se poursuivent sans le dire (les taux n’ont pas été relevés en décembre contrairement à ce qui avait été annoncé par la FED elle-même! et les quantités rachetés restent identiques….) donnent une image contrastée d’une zone OCDE dominée par la puissance du Dollar-étalon (investi dans toutes les zones d’échanges à la différence de l’Euro) mais soumise inexorablement au risque de déflation. Nous pouvons alors prédire une baisse toute relative de l’Euro, conséquence de la tentative avortée de la BCE de reproduire ce que peut seule faire la FED sauf à risquer l’hyperinflation.

Cette baisse de l’Euro se conjugue à d’autres facteurs telle l’attaque sur le rouble et la remontée par voie de conséquence du dollar, stratégie en lien avec la baisse du pétrole brut et le tout répondant à un objectif géoéconomique d’affaiblissement de la Russie. Le rouble a effet perdu au 13 février 2015, 69,12% de sa valeur contre le dollar depuis novembre 2014 (on peut situer le pic de l’attaque entre les 12 et 18 décembre), ce dernier faisant l’objet de rachats massifs, dépréciation du rouble accentuée doublement par des remboursements en dollar (par les banques et entreprises russes au second semestre 2014 pour 120 Mds USD, remboursements devant ce poursuivre au premier semestre 2015 pour 60 Mds USD) et par la baisse du brut, celui-ci limitant par extension le renchérissement du dollar et le creusement du déficit commercial.

Cette attaque reste cependant de portée limitée dans son ampleur par les réserves de devises de la banque Centrale Russe (430 Mds USD) et le soutien de la Banque de Chine en fin d’année (elle-même ayant une réserve de plus de 4000 Mds USD). Outre le risque certain de diminution des importations russes provenant de l’Union Européenne (contribuant au marasme intra-zone et à la baisse relative de l’Euro), le cours du brut reflète avant tout l’activité mondiale et est amené à rester bas.

Après avoir diminué de respectivement 55,49% entre juin 2014 et Janvier 2015 en touchant les 47,61 USD au WTI et les 48,60 USD sur le brent (soit -57,19% !), les deux cotations réenregistrent une remontée de + 6,97% pour WTI et de 18,04% pour le Brent repassant au- dessus des 50 USD le baril.  

Comme nous l’avons noté plus haut, cette chute n’a pas pour unique source une stratégie spéculative mais utilise la baisse de l’activité mondiale pour faire levier contre la Russie avec l’aide des pays de l’OPEP et notamment de l’Arabie Saoudite dans le maintien de son leadership sur la région face à l’Iran.

Sachant que toute exploitation nouvelle de gisements (dont le pétrole de schiste) exige une rentabilité entre 70 et 100 USD (baisse de 40% en novembre des permis de forages aux USA), la stratégie d’affaiblissement de la Russie coordonnée par les USA et l’OPEP ne peut avoir qu’un temps sauf à mettre en péril l’industrie et la finance autour de l’économie du schiste et provoquer une nouvelle crise financière tant les dérivés sont importants (rien que pour JP Morgan Chase, le montant des dérivés est de 68000 Mds USD soit 6 fois la dette des USA !!).

Toute l’industrie du « fracking » est actuellement construite sur des prises de participations par des banques, institutionnels et fonds de pensions; 29% des obligations à hauts rendements (titrisations via CDOs  sous-tendues par des assurances de types CDS elles-mêmes négociables !) proviennent du secteur de l’énergie US et peuvent à tout moment s’effondrer et entrainer une crise de type sub-prime ! Il est donc très vraisemblable que le Brut revienne à des cours autour de 60USD pour s’y maintenir et ne plus revenir aux niveaux de 2011.

Plus concrètement quelles sont les solutions d’investissements dans ce contexte pour l’année 2015?

Les obligations resteront stables tant que les QEs seront là pour donner des taux faibles ce qui repose aussi la question du QE dans l’UE. Taux faible signifiant absence de risque, tout ceci dépendra du devenir politique de l’Euro-zone avec le problème de la Grèce en tête. Plus précisément, si la Grèce sort de l’Euro-zone - ce qui est dans son intérêt -  les taux remonteront et le marché obligataire s’écroulera.

Les marchés actions quant à eux dépendent tant des politiques des banques centrales que des perspectives de croissance… sauf qu’une politique monétaire accommodante n’est valable que si les perspectives sont positives; or les taux d’inflations sont décroissants voire désormais négatifs dans l’OCDE, effet direct des politiques de restrictions des coûts à savoir du chômage et de la précarisation du travail aux USA et dans l’UE. Comme je l’avais développé dans de précédents articles, les QE n'existent que pour refinancer un système bancaire crisique et non pour augmenter les prêts aux entreprises ou aux ménages et in fine augmenter les revenus d’activités et l’investissement.

Pour revenir aux actions, nous sommes bel et bien dans une bulle spéculative, bulle qui ne peut qu’éclater pour permettre aux cours de revenir à des niveaux définis par le développement des marchés intérieurs des BRICS; la question de l’inanité de la politique antirusse des USA/UE reste ouverte, ces tensions étant le déclencheur possible d’un nouveau protectionnisme mondial et de sa dé-dollarisation. 

La baisse des matières premières devrait se poursuivre si le taux de déflation se confirme sur le premier semestre 2015. Le point clef sera assurément le taux d’inflation aux USA: à partir du moment où il sera négatif, les marchés se retourneront et le dollar chutera entraînant de nouveau le pétrole (en particulier toute l’industrie du schiste). De même le marché obligataire US s’affaissera et emportera dans sa baisse les cours européens sauf à ce que l’Euro-zone implose avant juin. Les valeurs refuges telles que l’or et l’immobilier « prime » s’envoleront le temps de la réémission des monnaies nationales européennes et de la structuration de nouveaux étalons par les BRICS. 

S'agissant de la France, cette perspective rend raisonnable l’éclatement de la bulle de l’immobilier commercial et le rebond du résidentiel. Ce dernier se trouve actuellement malmené ayant perdu en volume et en montant des ventes 25% de 2011 à 2015, les prix en moyenne n’ayant baissé que de 5% (ce qui est trompeur car toute moyenne dépend de ses extrêmes donc du « prime » parisien et de la Côte d’Azur qui se sont valorisés sur la même période !). 

Comme je l’avais écrit dans le livre « La Grande Chute » et dans de nombreux articles sur Visions et perspectives 2020, le marché immobilier chute par la baisse conjuguée des revenus (là encore il faut apprécier l’écart entre les revenus incluant les salaires et non la moyenne ou la médiane) et l’augmentation des taux immobiliers aux ménages (traduite par un accès réduit aux crédits et conditionnée par 20 à 40% d’apport en règle général): 27% des ménages peuvent aujourd’hui accéder à un achat contre 44% en 1998.

Cette récession a été prouvée par la montée des loyers, eux-mêmes faussement encadrés par le législateur (loi Dufflot) traduisant l’impossibilité pour de nombreux ménages d’être propriétaires. Dans une perspective de déflation, les taux d’intérêts réels vont cependant augmenter ce qui va pouvoir éventuellement réouvrir l’accès aux crédits sans pour autant diminuer le risque d’insolvabilité.

Tout ceci est la conséquence des politiques d’austérité établies depuis 2009 et ayant terriblement accentué l’écart entre sphère sociale et sphère économique. Le plus triste est que  le chômage massif et la précarisation continueront de peser fiscalement et socialement (insécurité, communautarisme, maladies) accélérant le recul de l’Etat et reposant une nouvelle fois la question de la crise: une crise économique bien réelle dans ses fondamentaux mais inexistante dans les revenus perçus à l’échelle des Etats et des multinationales. Comment concilier en effet une telle précarisation, plus de 26 Millions de chômeurs (officiels) dans l’Union Européenne, la déconstruction du lien entre activité sociale et activité professionnelle avec la croissance des revenus des plus aisés, de l’explosion du marché du luxe et plus concrètement de PIBs toujours croissants, d’import-exports aux flux gigantesques?

La réponse est évidemment négative et ne peut que donner lieu à une prise de conscience progressive des peuples face à l’injustice la plus profonde, celle qui nous empêche d’agir librement par l’exercice de notre souveraineté et de définir notre intérêt général, de nous battre finalement contre des élites corrompues et méprisantes.  

A une question économique existe une réponse politique et seulement politique. Les questions de répartition de la richesse tournent autour de la problématique du devenir ensemble et de l’identité des peuples. Si vous atomisez un peuple en supprimant ce qui le relie à son histoire et à sa transmission, la répartition ne se pose plus si ce n’est en des termes minimaux de revenus de subsistance ou d’ordre public. Si le peuple se maintient dans sa souveraineté et arrive en conséquence à se penser comme autorité (« auctoritas ») alors les questions de richesse (emplois, revenus, santé, etc) redeviennent l’objet de débats et de politiques communes. A partir du moment où vous mettez en exergue des notions vides de sens démocratique tels l'ultralibéralisme, l'égalitarisme, les réformes sociétales, la gouvernance, la politique commune, la commission, l'expertise, le différentialisme, vous attentez à ce qui unit des citoyens dans leur devenir et vous les oppressez. République, débat, sens de l’intérêt général, patrie sont des réponses politiques à l’injustice sociale, aux écarts de revenus exorbitants, au chômage massif des jeunes et moins jeunes, aux réseautages et passe-droits, à l’absence de remise en cause d’un système ne profitant qu’à ceux ayant arraché leurs biens à la collectivité (voir l’affaire HSBC !), à l’absence de toute idée décente d’un système médiatique oppressant et narquois.  

Sources:



vendredi 12 décembre 2014

Prédation économique, bipolarisation du monde
(l’étau se resserre- 2ème partie)

Un marché digne de ce nom réagit à l’inflation d’une seule manière: en cas de hausse des prix, les taux d’intérêts augmentent.

Une demande de consommation/d’investissement croissante, directe ou indirecte (par les coûts à travers l’énergie et les matières premières) ou une masse monétaire accrue (plus de monnaie en circulation par une hausse des revenus et l’augmentation de crédits) auront le double effet d’une augmentation des prix d’une part et d’une baisse de l’épargne d’autre part.

Si les agents économiques consomment plus, ils épargneront donc moins (moins de dépôts, plus de retraits de livrets bancaires ou d’assurance-vie) ce qui bénéficiera aux entreprises et aux salariés aux dépens des rentiers (banques, fonds de placements). Ces derniers, afin de réorienter cette liquidité vers les placements, chercheront à en accroître l’attractivité par un relèvement des taux d’intérêt, eux-mêmes renchérissant in fine les prêts. Autrement dit, lorsqu’il y a inflation, les taux d’intérêt augmentent.

Inversement, quand il y a désinflation (baisse du taux d’inflation) ou déflation (baisse des prix), la courbe des taux fléchit. Une épargne importante déterminera la demande de consommation qui se tendra de nouveau, l’utilité de placer ses liquidités étant redevenu faible.

De ce petit rappel, le grotesque de la situation depuis 2008 est évident. Les prix ont en effet continué à grimper dont notamment ceux du gasoil, des fruits et légumes et de l’immobilier. Alors que les taux auraient dû être relevés par un refinancement plus couteux de la BCE, ceux-ci sont restés bas à l’instar de la politique menée par la FED. Par nécessité d’apurer leurs bilans de créances douteuses, la BCE s’est empressée de reprendre ces titres directement ou indirectement (via les MES et FESF) ayant ainsi le double effet d’une part d’accroitre le niveau de son bilan et d’autre part d’abonder en liquidité les caisses des établissements de crédits, leur offrant la possibilité à vil prix de nettoyer leurs comptes.

Ententes pleines et entières entre banques centrales et privées, entre BCE et marchés financiers, la combinaison entre une surliquidité et son corollaire indispensable, l’absence de prêts à l’économie réelle a mené à ce non-modèle qu’est la stagflation à savoir une croissance quasi-nulle et une inflation contenue.

Pourquoi en effet relever les taux et réorienter la monnaie vers l’épargne alors que les banques n’en ont absolument aucun besoin depuis l’ouverture au milieu des années 1990 des marchés à la finance débridée ? Ce semi- arrêt des emprunts aux ménages et aux entreprises (principalement celles qui ne peuvent faire appel public à l’épargne soit les PME) permit de facto de renchérir le loyer de l’argent (si vous empruntez 300000€ à 3% avec un apport de 50%, le taux ne sera donc pas de 3% mais du double, l’opportunité de placer les 50% ayant disparu !) et d’éviter le spectre de l’hyperinflation à savoir la non-corrélation entre la valeur de la monnaie et celle des biens : quand vous avez un PIB de 2000 Mds€ et une masse monétaire de 100 000 Mds€, l’économie réelle ne vaudra que 2% de la monnaie en circulation ! les 98% autres ne valant plus rien !

Verrouillage de l’accès aux crédits, refinancement des banques privées aboutissant à la fameuse trappe de liquidité, politiques d’austérité visant à renflouer les finances publiques sans prise en compte des  effets démultiplicateur sur la consommation, chômage massive (25 Millions de demandeurs dans l’UE …..en 2012 !), voilà donc l’état de l’UE en cette fin de 2014 !!

A cette faiblesse économique s’ajoute une faiblesse politique comme l’ont montrée les derniers sommets de l’APEC (Asia-Pacific Economic Cooperation) et du G20, dichotomie désormais claire (mais non achevée) entre le bloc américano-occidental et celui des BRICS. Outre la dimension pathétique des médias à se centrer sur la « figure isolée et faible » de Vladimir Poutine, nous pouvons qu’être dubitatif sur la santé de nos démocraties et l’étendue de nos libertés d’expressions, du moins celles autorisant le débat citoyen !

Ce qu’il ressortit en premier lieu de ces rencontres est le soutien officiel de la Chine à la Russie et en particulier à Poutine (invité d’honneur de la Chine à l’APEC) contredisant le rapprochement inexorable de Pékin vers Washington du fait même de leur détention massive de bons du Trésor US. De nombreux méga-contrats ont donc été signés avec Moscou et les banques chinoises ont offert à leurs homologues russes l’accès à leurs crédits, banques russes actuellement sous la coupe des sanctions occidentales. A ce volet commercial s’est ajouté la décision d’exercices militaires (sol et mer avec création d’unités de commandes conjointes) ce qui parfait une évolution entamée par la mise en place de structures supranationales à savoir : le SCO (Shanghai Cooperation Organization), le CSTO (Collective Security Treaty Organisation) et le EEU (Eurasian European Union).

Pour rappel le SCO a été institué en 2001 et réactivé cette année par le fait de l’agressivité de l’OTAN dans l’affaire ukrainienne. Il comprend, outre la Chine et la Russie, les Etats de la CEI d’Asie Centrale: Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan et Ouzbékistan. Il ne s’agit ni plus ni moins d’une coopération directe entre la Chine et la sphère russe à travers différents organes, un budget propre et un secrétariat pour des objectifs de sécurité et économiques.

D’un côté des exercices militaires conjoints sont menés autours des questions du terrorisme et du séparatisme, de l’autre des projets géo-économiques sont nécessaires à l’indépendance de ses membres: gaz, hydrocarbures, ressources d’eau sont des axes de réalisation pour une mise en commun de la prospection, projets soutenus par une banque du SCO et par le développement d’un « energy club » (sous l’impulsion de la Russie.). Géo-économie, lutte contre le terrorisme ne sont cependant que les éléments d’un plus vaste ensemble, celui d’une organisation de défense commune dont le CSTO préfigure un devenir sino-russe.  

L’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC en français) regroupe la Russie, la Biélorussie, l’Arménie, le Kazakhstan, le Tadjikistan, et le Kirghizistan. Créée le 7 octobre 2002 et effective depuis le 18 septembre 2003, il s’agit clairement d’une structure de type Otan à vocation militaire dotée de différents niveaux dont une DCA commune, une force d’intervention rapide, des missiles russes en Biélorussie et dans l’enclave de Kaliningrad, des systèmes radar en Crimée, Transnistrie, Caucase, Abkhazie et Ossétie du Sud, etc. 

La Chine pourrait aisément s’unir au CSTO soit par des rencontres directes sur des questions stratégiques soit indirectement sur des enjeux économiques et douaniers dont l’EEU ou Union Eurasienne, alors étendue, couvrirait cette nouvelle route de la soie des frontières de la Biélorussie et de l’Arménie aux côtes chinoises.


Montée en puissance d’un bloc alternatif et bicéphale contrôlant 20% des réserves pétrolières mondiales et 50% des réserves gazières, l’UE et la France sont ainsi à la croisée des chemins et seront contraintes à se redéfinir dans une histoire qui tend étrangement ces derniers temps à s’accélérer.

lundi 24 novembre 2014

L’étau se resserre (première partie)

Le 4 novembre 2014, dans une discrétion remarquable des médias français, la Banque Centrale Européenne s’est dotée de trois nouveaux instruments particulièrement coercitifs dans le prolongement de l’article 126 du Traité de Lisbonne posant l’impossibilité des aides directes d’un Etat-membre envers son homologue en difficulté et la création a fortiori de structures adhoc (tel le Mécanisme Européen de Stabilité) gérées comme il se doit par cette même BCE.

Le premier par l’importance de son cadre est le SSM ou « Single Supervisory Mechanism » (Mécanisme Unique de Supervision): Il tendra (et je cite Wikipedia) à surveiller les principales banques de l’Eurozone, à en contrôler la stabilité financière, contrôle s’étendant aux établissements hors zone si ces derniers le souhaitent (à ce jour aucun n’en a manifesté le moindre intérêt, particulièrement au Royaume-Uni !).

Les banques ciblées sont les méga « Too Big To Fail » banques se définissant pour l’UE par l’un des cinq critères suivants :

-       - Actifs excédant les 30 Mds €;    
-       - Actifs dépassant les 5 Mds € et 20% du PIB de l’Etat de leur siège social;
-       - Une des 3 plus grandes banques de l’Etat concerné ;
-       - Activité importante à l’international ;
-       - Fonds reçus du Mécanisme de Stabilité ou du Fonds Européen de Stabilité Financière

soit à peu près 150 banques pour un total de 80% des actifs bancaires de l’Eurozone ….ce qui n’empêchera cependant pas la BCE d’auditer des banques plus petites (6000 banques!) mais indirectement via ce qui est appelé un « superviseur national » autrement dit une autorité sous tutelle préexistante ou non dans l’Etat considéré.

La marche du SSM sera fonction des décisions d’un Conseil de Direction (« Governing Council ») composé des banques centrales de l’Euro-zone et du Conseil Exécutif de la BCE, lui-même présidé par ce cher Mario Draghi (et déjà en charge de la politique monétaire de l’UE !), chaque décision étant elle-même préparée par un « Conseil dit de Supervision » (« Supervisory Board ») composé des « superviseurs nationaux », d’un président, d’un vice-président et, bien entendu, de quatre représentants de la BCE.

Une des fonctions affichées du SSM (mais le champ de compétences n’est visiblement pas exhaustif..) sera d’effectuer des stress tests. Si ceux-ci se révèlent négatifs, le SSM pourra envisager des mesures visant par exemple à corriger la capitalisation d’une banque, à en limiter les opérations à risques voire à intervenir sur la composition du management. Si le problème est systémique induisant une possible liquidation, le deuxième instrument (SRM) sera alors mis en place (voir plus loin).

Prima facie, et avant d’aller plus avant dans cette présentation, une question se pose:  comment, quant à la BCE, peut-on être à la fois contrôleur et une des principales parties prenantes du jeu financier via les deux LTROs lancés en décembre 2011 et février 2012 (programmes de rachats de créances à long terme détenus par les banques –soit des dettes !- pour 1000 Mds€) et la pratique copiée sur celle de la FED de taux de refinancement extrêmement bas favorisant la démultiplication de produits dérivés émis par la plupart des méga-banques, elles-mêmes créancières d’Etats-membres surendettés et soumis à des politiques d’austérité différenciées imposées par la Commission Européenne, la BCE (à nouveau !) et le FMI?

La BCE a cependant voulu aller plus loin dans ce refinancement débridé par sa tentative fin 2012 de rachat aux banques de dettes obligataires souveraines (un galop d’essai de 210 Mds € dit « Securities Market Program» ayant déjà été mené sous la gouvernance Trichet courant 2010-2011), tentative finalement bloquée par la cour constitutionnel allemande (Tribunal Constitutionnel d’Allemagne à Karlsruhe) le 11 Janvier 2014. Jugeant ces opérations contraires au principe de non-renflouement de déficits publics par un ou des Etat-membres et au mandat de la BCE de lutte contre l’inflation, la réponse de la BCE à cette opposition de la Cour fut donc de créer le SSM et de poursuivre in fine sa politique de refinancement accommodante par ses relais intra-zone au Luxembourg et à Malte et hors zone à Londres !  Il s’agit bel et bien d’une vaste supercherie offrant à la BCE une encore plus grande ingérence dans les différentes économies nationales! 

Il revient donc à la BCE et plus précisément à la concertation entre cette dernière et les méga-banques    d’établir de nouveaux standards, de nouvelles règles, connivences littéralement étouffées par les mass-médias et les responsables politiques UMP et PS, eux-mêmes artisans du Coup-Etat constitutionnel des 4 et 7 février 2008. Cette montée en puissance de la banque centrale s’inscrit évidemment dans l’esprit ultralibéral du Traité de Lisbonne l’autorisant à s’arroger le droit de faire rigoureusement n’importe quoi  sans en référer directement aux peuples mais en rapportant son action aux exécutifs des méga-banques et aux lobbyistes de la Commission et par extension via son président Mario Draghi (ex Goldmann Sachs Europe) au FMI (partie prenante de la dite « troïka »), à Wall Street (corolaire de la City de Londres et de Francfort) et à la FED (référent ultime de la politique monétaire de l’Eurozone).

A titre inaugural de ce nouveau paradigme, la BCE a publié le 24 Octobre 2014 son premier stress-test sur 130 « Too Big To Fail » banques d’importance.  L’audit dit indépendant à savoir sous l’égide d’un Conseil Spécial des Etats de l’Euro-zone composé de parlementaires des Etats concernés mais aussi (et surtout !) de représentants des secteurs bancaires, industriels et tertiaires donna un résultat médiocre de un sur cinq soit l’échec de 24 banques (dont 9 italiennes et 3 grecques!) ou, dit autrement un trou de 25 Mds € !, résonnant dans la presse française comme une victoire de nos établissements de crédit sans comprendre ni l’interaction entre toutes ces banques ni la place des produits à risques dans le bilan et (et le hors-bilan!) !

Cet audit est en fait le suivant d’une série de tests courant 2009 et 2011 entrepris dans le cadre du Système Européen de Supervision Financière par l’Autorité Bancaire Européenne, structure incestueuse basée à Londres ( !) et s’étant révélés particulièrement désastreux dans leur incapacité à prédire la faillite des banques irlandaises ! Octobre 2014 marque cependant une plus grande implication de la BCE puisqu’elle en fut la coordinatrice, la conception en ressortant toujours à l’ABE. 

Plusieurs hypothèses furent définies pour la France:

- une baisse immobilière (-20% en trois ans ce qui est crédible),
- une hausse du chômage (+ 12,2% en 2016 ce qui reste optimiste !),
- une déflation de -0,3% en 2016 (sic!),
- une chute boursière de -20% d’ici à 2016 (rappelons que nous étions à - 43% rien que sur l’année 2008 !),
- un taux de (dé)croissance de -1,1% en 2015 (alors qu’en 2009 la récession fut de -2,5% !),
- une hausse des taux d’intérêt à 3,8% en 2016 (ce qui ne veut strictement rien dire tant la situation actuelle est faussée sur ce plan- voir la seconde partie pour explication).

Autrement dit ces cadres ne sont que des situations édulcorées contredits sévèrement par l’étude à la même période du ZEW (Zentrum für Euröpaische Wirtschaftsforschung), institut allemand d’observation de l’économie européenne, montrant qu’il n’y avait quasiment aucune banque de la zone euro ayant suffisamment de fonds propres dans son bilan ! Les banques françaises auraient par exemple un besoin de 98,3 Mds€ si il advenait un recul de valeur de 10% de leurs actifs pour simplement respecter une liquidité de 4% de l’actif net à court terme ! Comme le disait Olivier Berruyer sur son site Les Crises.fr, ce qu’il faut tester est en fait l’impact d’une faillite d’une méga-banque telle que Bank Of America ou JP Morgan!

La BNP a 37% d’actifs financiers risqués soit 672 Mds € sur un actif total de 1800 Mds€ pour seulement 72 Mds € de fonds propres (capital social, réserves, résultat) soit un levier de 25 fois ceux-ci ! ! Alors que son « hors-bilan » s’estime à 41 400 Mds€, que Bâle 3 prévoit pour 2018 un ratio de levier limité à 33 fois (bilan et hors bilan) son noyau de base (Tier one soit capitaux + réserves + report à nouveau), nous nous trouvons en face d’une situation standard proche de la farce, situation qui reste commune à toutes les banques dites systémiques. Si il n’y a en effet que 72 Mds€ de fonds propres pour 1800 Mds€ d’actifs, il y a donc 1728 Mds€ d’endettements et aucun bénéfice tangible ! Si la BNP perd 4% d’actifs soit 72 Mds€, elle est en faillite !  Ce constat est d’autant plus surréaliste que tous les actifs bancaires ont désormais depuis Bâle 3 une pondération différenciée: chaque banque a désormais la  possibilité de pondérer ses actifs en fonction de risques qu’elle-même appréciera!! Autrement dit, si Bâle3  oblige à plus de fonds propres (10,5% du total de l’actif), il suffira simplement de redéfinir une partie de ses avoirs en nivelant le degré de risques !

Beaucoup de commentaires vont cependant trop dans le sens d’une transposition de la rigueur comptable aux établissements de crédits en oubliant de mettre en évidence le statut sui-generis de ceux-ci. Une banque n’est ni une entreprise ni une institution para-publique mais une entité dont l’objectif et le devenir sont la pérennité de la finance internationale: il importe peu de savoir le faible niveau de fonds propres quand d’une part l’ensemble de ses fonds sont le drainage de l’épargne privée (entreprises et ménages) et institutionnelle (autres banques) et quand d’autre part le risque est amorti par des banques centrales et des Etats prêts à tout moment, direct et indirectement (MES/FESF) à intervenir (« Bail-Out »). Peu importe la structure du bilan et les règles de bonne gestion quand on est hors-cadre ou plutôt hors-bilan ! Contrairement à ce que disent les relais médiatiques, Lehman Brothers fut en faillite par choix politiques en accord parfait entre ses concurrents et la FED !!

Il est aussi vrai, certes, que le bilan de la BCE a atteint 32% du PIB de la Zone soit plus de 3000 Mds€ en juillet 2012 mais il est aussi vrai que ce bilan s’est recontracté en 2014 à 2000 Mds€ soit une perte de 1000 Mds€ en deux ans autrement dit une purge par l’effet du Système lui-même.

Sur la perte de 1000 Mds€, 300 Mds€ furent une dévalorisation d’actifs (portefeuilles, devises), le reste étant bien l’illustration de la trappe à liquidité: plus les taux de refinancement sont bas, plus la spéculation est forte ! Les agents économiques s’attendant à une remontée des taux demandent invariablement de la monnaie et non des actifs telles des actions ou des obligations, ces dernières étant amenées à baisser. Une perte de 700 Mds€ signifie donc bien l’échec des politiques monétaires de la BCE à savoir un recul de l’investissement de 700 Mds€ en deux ans !... mais tout ceci est un détail comme nous le verrons dans la seconde partie.          

Ce qu’il faut retenir est la concordance de la politique de la BCE avec celles de la FED et du FMI : l’absence de relance économique permet de maintenir une balance commerciale allemande forte et un Euro surévalué pénalisant les ¾ de l’Euro-zone. En désinformant les peuples par l’idée brillante qu’un tel système les protègera de nouvelles crises, les acteurs financiers et leurs relais politiques favorisent l’extension d’une aire de jeu dans laquelle l’économie réelle se fait étranglée au profit des 10% les plus riches ….ce qui nous amène aux deuxième et troisième piliers de la BCE: le SRM ou « Single Resolution Mechanism » et le SRF ou « Single Resolution Fund ».

Créé par un règlement du 19/08/2014, le SRM aura à définir le plan de sauvetage d’une banque en difficulté, sauvetage exécuté par le SRF, structure adhoc mis en place à cet effet (sous réserve de ratification par accord intergouvernemental).

En droit le SRM sera mis en application le 1er Janvier 2016 une fois le SRF définitivement établi et s’appliquera aux Etats membres participant déjà au SSM sous supervision de la BCE. Le SRM pourra donc envisager une large palette « d’instruments de sauvetage » dont le désormais connu « Bail-Out » signifiant in concreto le renflouement par une aide allant jusqu’à 1% des dépôts des établissements bancaires de l’Eurozone (approx 55 Mds€), intermédiation censée alléger le poids de la dette des Etat émettant des obligations pour sauver ces mêmes banques mais qui s’avèrera vain vu le montant ridicule des fonds alloués au SRF !

Au final cette augmentation de la puissance de la BCE rentre en conjonction avec l’affaiblissement des souverainetés nationales et l’accélération des tensions entre les USA et la Russie. Le SSM reste un moyen de plus du contrôle de la zone Euro à l’encontre de la sphère russe ou plutôt de la nouvelle alliance russo-chinoise, l’idée étant qu’il n’y ait non seulement plus aucun Etat membre mais aussi plus aucune banque européenne qui ne puisse s’intégrer dans cette nouvelle zone de trading des BRICS, zone établissant un nouveau paradigme conjuguant une finance contenue, une réappréciation de l’économie réelle comme source de développement et surtout le poids de l’Etat national et des souverainetés dans la maitrise des flux de capitaux et de travailleurs.

Récemment, en mars 2014, Xi Jinping, président de la République Populaire de Chine a visité l’Allemagne et a offert à Angela Merkel la participation de son pays à cette Nouvelle Route de la Soie (« the New Silk Road »), une nouvelle zone commerciale allant du Rhin à Shanghai en passant par la Russie, les Etats de la CEI d’Asie Centrale et les parties nord-ouest et centrales de la Chine soit un potentiel incroyable pour l’Allemagne et a fortiori pour l’UE: si l’Allemagne accepte, le reste des Etats membres pourra suivre une voie différente, certainement plus sereine et profitable que celle faite de menaces et de sanctions pavée par la Maison Blanche.

De toute cette situation, Washington en est pleinement averti : ils feront donc tout pour déstabiliser l’UE et justifier une intervention américaine via l’OTAN, une surveillance accrue par la CIA et la NSA et des budgets décuplés pour le complexe militaro industriel. SSM, SRM et SRF sont seulement des moyens de déstabilisation asservissant les Etats membres à la politique extérieure des USA et la seule façon d’échapper à la subordination au dollar est de revenir soit aux monnaies nationales soit à une monnaie commune (je renvoie aux travaux de Jacques Sapir et Frédéric Lordon sur ces points).

(A suivre)




lundi 21 juillet 2014

La Crimée

Depuis le passage définitif au rouble (ayant suivi une période de flottement mêlant roubles et grivnas), la Crimée semble poursuivre sa propre voie économique reposant sur le tourisme et le complexe militaro-industriel tout en englobant de nouveaux paramètres. 

Avec des prix au détail légèrement en augmentation (principalement due à une prise de marge plus grande des commerçants!), la surévaluation du rouble à l’économie criméenne est atténuée voire oblitérée par l'ouverture quasi-exclusive de la production vers la Russie, la part avec l’Ukraine affectée sera compensée par des commandes russes plus importantes. 

Tous les touristes ukrainiens et étrangers ont quitté la région pour des raisons tant politiques (pour les premiers) que diplomatiques (passeports et visas pour les seconds). Inversement les touristes russes qui venaient auparavant à Odessa viennent désormais à Sébastopol et Yalta. Il faudra cependant encore un certains temps pour que le manque à gagner de cette transition soit effacé. 

Il reste aussi que la Russie vise à consolider cette région en en faisant une gigantesque base militaire: le développement de la guerre en Ukraine et notamment à Odessa et ses environs ne pourra que justifier de tels investissements.

La Crimée restera ainsi une enclave balnéaire et économique profitant de la croissance russe des matières premières et c’est finalement ce qui peut lui arriver de mieux !


Le bord de mer à Yalta.